Depuis sa médaille d’argent aux Jeux paralympiques de Pékin en 2008, Yamamoto Atsushi accumule les récompenses dans des rencontres mondiales. À plus de 35 ans, celui qui est toujours l’un des meilleurs athlètes handisport du monde se lance maintenant dans le snowboard. Il nous parle de sa philosophie sportive et du handisport.
Être à la fois para-athlète et orthoprothésiste
——Pratiquiez-vous déjà le snowboard avant de perdre une jambe ?YAMAMOTO ATSUSHI J’ai commencé le snowboard au collège et, à l’époque, c’était mon sport préféré. À tel point que, lorsque j’ai eu mon accident à 17 ans, juste avant qu’on m’ampute, j’ai demandé au chirurgien si on pouvait faire du snowboard même avec une jambe en moins. Les infirmières se demandaient si je réalisais bien ce qui m’arrivait. Mon détachement était tel que cela inquiétait mon entourage.

——Existe-t-il des spécialistes des prothèses de jambe ? Y.A. Ils sont peu nombreux. On ne fabrique pas énormément de prothèses, le marché des corsets est beaucoup plus important. Quand j’ai fait mes études, nous n’étions qu’une centaine à obtenir le diplôme d’État, mais aujourd’hui, on compte environ 200 diplômés chaque année, paraît-il. À mon époque, le taux de réussite au concours était proche de 90 %, c’est moins facile maintenant ; mais de plus en plus d’universités préparent à ce diplôme.

La technologie évolue, mais l’esprit des gens, pas vraiment
——Que représente l’orthoprothésiste pour un athlète ? Y.A. C’est quelqu’un de très important, car seuls les orthoprothésistes chevronnés savent fabriquer les emboîtures. Pour la fabrication de la prothèse, il est essentiel que le contact passe bien, il faut discuter, comprendre l’usage exact qui sera fait de la prothèse. Les orthoprothésistes manquent de connaissances sportives, c’est donc à l’athlète d’expliquer précisément comment il souhaite améliorer ses performances. Quand le duo fonctionne bien, on arrive à courir plus vite, à sauter plus haut et plus loin.
——Je suppose que vous portez des prothèses différentes en fonction des disciplines ; quelles sont leurs spécificités respectives ? Y.A. En athlétisme, les prothèses pour le sprint sont généralement légères et le rebond est rapide. Pour le saut en longueur, elles pèsent un peu plus lourd et le rebond est plus important quand on y met de la force. De manière générale, plus la prothèse contient de carbone, plus le rebond est important.

——Quelles évolutions technologiques avez-vous constatées depuis que vous pratiquez le handisport ? Y.A. Il y a eu beaucoup de changements. Surtout depuis le début des années 2010. On trouve davantage de prothèses adaptées à chaque sport, les athlètes modifient leur pratique pour mieux coller aux prothèses, et on enregistre des records mondiaux. Certains composants sont déclinés dans des versions spéciales destinées au sport, comme le genou, par exemple. Les avancées sont notables.

Parlons davantage du handisport

——Ces événements sportifs sont encore rares au Japon ; comment faire pour qu’il y en ait davantage, et pour faire progresser le débat ? Y.A. Honnêtement, je ne vois pas les choses changer dans l’immédiat. Quand un certain nombre d’athlètes handisport capables de défier les records établis apparaîtront et qu’on aura récolté suffisamment de données, le débat s’ouvrira. À vrai dire, la prothèse de Markus Rehm n’a rien de particulier, beaucoup d’autres athlètes utilisent la même. Mais il est le seul à être en mesure d’affronter des athlètes valides. Personne ne sait dire si c’est parce qu’il est vraiment doué ou si c’est grâce à sa prothèse.

Interview et texte : Zoshigaya Senichi
(Traduction d’un extrait d’un article paru dans GO Journal)
