Faciliter la participation de nouveaux acteurs économiques
Quelle est la stratégie de croissance souhaitable ? Quels sont les écueils à éviter ? La déréglementation est évidemment la voie royale en matière de stratégies de croissance. Libérer l’activité économique du secteur privé permet de déployer l’inventivité créatrice de l’homme et conduit à l’augmentation de la productivité. Le problème, c’est que par stratégie de croissance, on entend souvent des mesures destinées à aider les entreprises existantes. Étant donné que le Parti démocrate était perçu comme opposé à l’entreprise quand il était au pouvoir, n’importe quelle politique propice à l’entreprise pouvait être accueillie favorablement.
Les mesures qui font appel aux acteurs économiques existants ne font cependant que rendre plus difficile la participation de nouvelles entreprises. Comme ce sont elles qui sont porteuses d’innovation, des mesures de ce genre font plutôt baisser le taux de croissance tendanciel. Il faut donc non une politique en faveur des entreprises existantes, mais en faveur du marché, qui encourage la création d’entreprises. Si le taux de progression de la productivité totale des facteurs tarde à se rétablir, c’est parce que l’État, sous prétexte de stimuler la conjoncture, a étendu sa sphère d’activité .
Les problèmes inhérents à une croissance basée sur les exportations
Continuer à avoir une croissance liée aux exportations est un autre problème. Est-ce raisonnable de vouloir augmenter les exportations réelles en baissant leur prix grâce à un yen faible comme le font les « Abenomics » ? Cette politique a cessé d’être efficace avec l’effondrement du système de Bretton Woods au début des années 1970. Elle empêche le passage en douceur des ressources économiques, et notamment des emplois, du secteur manufacturier au secteur tertiaire, et conduit à la stagnation du taux de croissance tendanciel. L’immobilisation des ressources économiques dans le secteur manufacturier fait obstacle à l’émergence de domaines de croissance dans le secteur non-manufacturier. Dans le même temps, la productivité des entreprises du secteur manufacturier qui bénéficient du soutien gouvernemental stagne parce qu’elles ont trop de personnel et de stock de capital. Au milieu des années 2000, avec la dépréciation réelle du yen dans le contexte de l’assouplissement quantitatif, les capacités de production domestiques du secteur manufacturier ont été renforcées, les exportations réelles ont augmenté, mais cela a fini par une accumulation d’excédents de stocks peu profitable, principalement dans le secteur de l’électronique.
Un contexte de détérioration des conditions commerciales
L’augmentation substantielle du prix des matières premières, notamment du pétrole, au milieu de la première décennie du XXIe siècle a conduit à une détérioration massive des conditions commerciales du Japon. Le PIB réel a progressé grâce à la progression des exportations réelles, mais le revenu intérieur brut (PIB réel + les gains commerciaux) n’a presque pas augmenté. En Allemagne à la même époque, les conditions commerciales ne se sont presque pas détériorées, non seulement parce que la forte évaluation de l’euro a compensé la hausse du prix des matières premières, mais aussi que l’augmentation des coûts due à celle du prix des importations a été corrigée par la majoration du prix des exportations.
Pour éviter la détérioration des conditions commerciales, le Japon aussi doit passer à des produits hauts de gamme dont le prix d’exportation peut être relevé. Faire remonter le taux de progression de la productivité est indispensable pour y arriver. Les entreprises japonaises ont des coûts salariaux réels élevés et elles doivent se retirer des segments où elles sont en compétition avec les pays nouvellement industrialisés.
La stagnation des salaires réels peuvent perdurer
Pourquoi les salaires réels stagnent-ils au Japon depuis les années 1990 ? L’analyse des salaires réels en termes de productivité du travail, conditions commerciales et de taux de répartition de la main-d’œuvre, montre que dans les années 1990, la baisse considérable du taux de progression de la productivité du travail a conduit à la stagnation des salaires réels, et depuis le début des années 2000 cette stagnation est due à la détérioration des conditions commerciales et à la baise du taux de répartition de la main-d’œuvre. Cette basse productivité rend impossible l’augmentation des salaires réels et par conséquent, la conception des produits hauts de gamme capables d’être exportés à prix fort. La stratégie qui consiste à augmenter les exportations réelles grâce à un yen faible ainsi que celle de les augmenter en faisant appel à une main-d’œuvre temporaire et moins bien payée sont les deux faces d’une même pièce. Le prix des exportations ne pouvant pas progresser, un yen fort imposerait des salaires encore plus bas.
Même avec une sortie de la déflation, et une augmentation nominale des salaires, les salaires réels continueront à stagner tant que la productivité n’augmentera pas. De plus, comme la macroéconomie va vers le plein emploi, les avantages du yen faible disparaissent. Il faut cesser de rechercher une croissance économique orientée sur les exportations, et passer à une structure sociétale qui peut accepter les avantages d’un yen fort. Cela peut être une stratégie de croissance efficace.
