Décalage entre les objectifs chiffrés et la situation concrète

Néanmoins, au niveau international, il est encore difficile de prétendre que le Japon est devenu un grand pays de tourisme.
En 2013, le Japon n’occupe que la 27e place dans le monde en termes de nombre de visiteurs étrangers en fonction des pays et régions de provenance, et la 8e place en Asie (fig. 3). En Asie seulement, et même si l’on met de côté la Chine qui a accueilli 55,69 millions de touristes au cours de cette période, compte tenu de sa superficie et de la richesse de son offre touristique, le Japon arrive après de petits pays ou territoires tels Hong Kong, Macau, Singapour ou la Corée du Sud. On peut considérer qu’il y a là un problème.

L’objectif affiché par le gouvernement d’atteindre le chiffre de 20 millions de touristes correspond aux chiffres actuels d’un pays comme le Mexique, au 15e rang mondial. Celui de 30 millions correspond aux résultats 2013 du Royaume-Uni, actuellement au 8e rang mondial. Est-ce réalisable pour le Japon ?

Personnellement, je trouve ces objectifs de 20 ou 30 millions très ambitieux. L’Organisation mondiale du tourisme (OMT) table sur une croissance globale au tourisme de 3,3% par an jusqu’en 2030. Si nous laissons les choses suivre leur cours naturel, cela nous conduirait à 13 millions de touristes en 2020. L’objectif de 20 millions ne sera donc pas atteint sans de réels efforts de croissance.

Heureusement, la croissance économique soutenue en Chine et dans les pays de l’ASEAN est un facteur qui tend à accroître naturellement la demande touristique en direction du Japon. En outre, le Japon possède de solides arguments, entre autres du fait qu’il est l’un des pays les plus sûrs de la planète, et par son abondant patrimoine de stations thermales, temples et sanctuaires, paysages pittoresques, la culture de l’animé et des jeux vidéo. De quoi le Japon a-t-il besoin pour entrer dans le cercle des grands pays touristiques ? Considérons le Programme d’actions 2014 sous cet angle.

Assouplir les procédures de visas et de contrôle aux frontières

Un point particulièrement intéressant du Programme d’actions 2014 est la recommandation de « faciliter la venue de citoyens étrangers au Japon entre autres par l’assouplissement des critères d’obtention d’un visa », et « l’aménagement d’un environnement propice à l’accueil de voyageurs étrangers ». Pour ma part, je pense que les conditions de base pour devenir un grand pays touristique portent sur l’amélioration et l’élargissement de l’accès, le renforcement de l’hébergement, un aménagement urbain propice à l’accueil des visiteurs étrangers, la commodité des achats. Et les deux éléments mentionnés ci-dessous participent sans aucun doute à la résolution de ces questions.

Faciliter la possibilité de venir visiter le Japon par un assouplissement des visas sera certainement efficace pour autant qu’il s’agit à la fois d’assouplir les critères d’obtention des visas et d’accélérer les procédures d’entrée et sortie sur le territoire japonais. Des difficultés pour obtenir un visa font partie des détails les plus ennuyants quand on envisage de voyager à l’étranger, que ce soit pour tourisme ou pour affaires. Une exemption de l’obligation de visa, ou des visas systématiquement multi-entrées serait sans aucun doute très efficace pour augmenter le nombre de touristes.

Évidemment, le risque existe qu’un assouplissement sans limite favorise également l’immigration illégale et la criminalité. Ces dernières années, et tout en observant la situation spécifique de chacun des autres pays de l’ASEAN, le Japon a commencé à assouplir sa politique des visas. Ainsi entre juillet 2013 et juillet 2014, ont été assouplis les conditions d’entrée des ressortissants de 11 pays, parmi lesquels : Thaïlande (exemption de visa), Malaisie (Retour à l’exemption de visa), Vietnam (visa multi-entrées), Inde (visa multi-entrées). Les conséquences ne se sont pas faites attendre et les touristes en provenance de Thaïlande et de Malaisie ont considérablement augmenté pendant la même période. Le Japon a d’ores et déjà promis d’étudier la possibilité d’exempter de visa dans les plus brefs délais les ressortissants de l’Indonésie, des Philippines et du Vietnam.

La rapidité et la facilité des procédures d’entrée et sortie sur un territoire sont d’une grande influence sur l’impression que des voyageurs étrangers garderont de leur voyage. Le Programme d’actions 2014 projette d’augmenter le budget et le nombre de personnels affectés aux procédures douanières et sanitaires d’entrée et sortie sur le territoire japonais, de façon à raccourcir le temps d’attente moyen aux aéroports avant 2016 à moins de 20 minutes. Si cet objectif est réalisé, nous pouvons croire à une augmentation du nombre des répétiteurs touristiques.