La stratégie maritime des Chinois

C
ompte tenu de la stratégie expansionniste de la Chine, il est clair que nous devons trouver sans tarder une solution à la question d’Okinawa. La stratégie maritime des Chinois consiste en une approche à deux temps. Dans la première phase, qui a duré approximativement jusqu’en 2010, leur objectif était de contrôler militairement les eaux situées en deçà de la « première chaîne d’îles », une ligne reliant Okinawa, Taiwan, les Philippines et Bornéo, autrement dit les mers de Chine orientale et méridionale. La seconde phase, qui devrait s’achever vers 2020, vise à l’établissement d’une capacité « anti-accès » à l’encontre des bâtiments de la marine américaine dans la zone délimitée par la « seconde chaîne d’îles », qui relie l’archipel d’Izu à la Papouasie-Nouvelle-Guinée, en passant par l’archipel d’Ogasawara (Bonin), Saipan et la Micronésie. La stratégie de la Chine, en d’autres termes, est conçue pour lui assurer le contrôle de la majeure partie du Pacifique Ouest. Des navires de guerre chinois ont d’ailleurs traversé à de nombreuses reprises l’archipel d’Okinawa pour aller dans le Pacifique effectuer des exercices de grande envergure.
Le Japon d’aujourd’hui est incapable de trouver une réponse adéquate à la stratégie de la Chine. Auparavant, sa stratégie consistait à empêcher la flotte de sous-marins nucléaires de l’Union soviétique de sortir de la mer d’Okhotsk en bloquant les détroits de Sôya, Tsugaru et Tsushima. À cette fin, il s’est doté d’une flotte de 16 sous-marins. Mais, outre ces trois détroits, il existe quatre voies d’eau internationales ouvertes à la navigation entre les îles d’Okinawa. Pour contrôler le passage de la marine chinoise dans les eaux de l’archipel d’Okinawa, il faudrait sans aucun doute plus de 30 sous-marins, soit le double de leur nombre actuel. C’est totalement hors de notre portée. Leur nombre a été porté à 22 grâce à un expédient consistant à repousser les dates de mise en réserve des sous-marins existants, mais le budget n’a pas augmenté. Depuis dix ans, au cours desquels la Chine a multiplié par cinq le montant des crédits budgétaires affectés aux dépenses militaires, les dépenses du Japon en matière de défense sont restées stationnaires.
Rester en sécurité dans un environnement dangereux
Les voisins du Japon en Asie du Nord-Est – la Chine, la Russie, la Corée du Nord et la Corée du Sud – se classent tous les quatre parmi les six premiers pays du monde en termes d’effectifs militaires. Aucune autre région du monde n’affiche une telle concentration de force. Et il n’est pas du tout exclu que des facteurs involontaires ou accidentels conduisent à un conflit armé à un moment donné.
Si le Japon, malgré la tension qui règne dans la région qui l’entoure, est resté à l’abri de toute crainte d’une invasion, ce n’est pas à l’Article 9 de sa constitution, au titre duquel il renonce à la guerre, qu’il le doit, mais au traité de sécurité qui le lie aux États-Unis. Au vu de cela, la direction que nous devons prendre pour résoudre le problème d’Okinawa et maintenir la sécurité en Asie de l’Est apparaît clairement. Sans doute cela prendra-t-il du temps, mais le Japon va devoir renforcer sa propre force de dissuasion. À cette fin, il faudra, par exemple, que les Forces terrestres d’autodéfense prennent en charge certaines tâches de défenses assumées jusqu’ici par les marines américains, dont la nécessité de la présence à Okinawa va se trouver par la même occasion réduite. La mise en place d’une telle relation de partage des rôles avec les États-Unis va jouer un rôle essentiel dans le maintien de la position stratégique d’Okinawa.
(D’après un original en japonais publié le 16 juillet 2015. Photo de titre : un avion Osprey MV-22 attérit sur la base aérienne de Futenma des marines américainle 10 juin 2015. Jiji Press)▼A lire aussi
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(*1) ^ En 1951, lorsque l’occupation alliée consécutive à la Seconde Guerre mondiale a pris fin et que le Japon a retrouvé son autonomie, Okinawa est resté sous la tutelle militaire des États-Unis, au grand mécontentement des habitants de cette préfecture insulaire (la restitution au Japon n’est pas intervenue avant 1972). Le Mouvement de protestation générale en 1956, qui a soulevé l’île tout entière, s’est produit à la suite de la publication du Rapport Price par une sous-commission de la Commission des forces armées de la Chambre des représentants des États-Unis. Globalement, le rapport entérinait le statu quo sur les bases militaires américaines d’Okinawa. Confrontés aux manifestations populaires massives, les Américains ont été contraints de revoir un certain nombre de leurs procédures, et notamment de remplacer le versement d’un montant forfaitaire pour les expropriations de terres par le paiement de loyers adéquats régis par des contrats de location avec les propriétaires.
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