Quel avenir pour la politique chinoise du Japon ?
À ce stade, il est difficile de prévoir quelle sera la politique du nouveau président américain envers la Chine. Toutefois, certaines certitudes existent.
Premièrement, le gouvernement Trump va-t-il maintenir la politique d’implication et de limitation des risques traditionnellement appliquée par les États-Unis ? La mise en œuvre de cette stratégie demande une vision. En clair, il est nécessaire de déterminer quel rôle on souhaite attribuer à la Chine (par exemple, en faire un pays ayant des responsabilités mondiales), ou quel monde on désire bâtir, et quelle place y aurait la Chine.
Si l’administration Trump décide de tabler totalement sur une politique unilatérale, cela engendrera certainement d’importants changements dans les relations avec la Chine. Mais en réalité, cette volonté d’unilatéralisme consiste sans doute surtout à faire passer en premier l’intérêt national, et non à renier tout internationalisme. En ce sens, on peut estimer que la stratégie d’implication et de limitation des risques sera en partie maintenue. Il est néanmoins possible que sur certains points, des accords interviennent ou des actions diplomatiques soient subitement décidées. Le Japon doit se tenir prêt à ces éventualités et maintenir un dialogue étroit avec ses interlocuteurs.
Deuxièmement, se pose la question de l’unilatéralisme et de l’internationalisme. Un renoncement total à l’internationalisme est impensable. Dans les faits, les États-Unis prendront sans doute leurs distances vis-à-vis des domaines ou des régions qui ne leur rapporteront aucun profit. Il est crucial pour le Japon d’évaluer précisément lesquels sont concernés, et dans quelle mesure.
Dans un tel cas de figure, la Chine profitera-t-elle du recul des États-Unis pour s’engouffrer dans la brèche et, dans le cadre de l’internationalisme, investir le rôle de leader à leur place ? Ou bien va-t-elle, comme eux, tendre encore davantage à l’unilatéralisme ? Ces décisions auront de lourdes conséquences pour les relations nippo-chinoises. Si le Japon décide de soutenir l’internationalisme, il pourrait avoir à consentir des efforts pour faire perdurer cette conception du monde, main dans la main avec l’Allemagne et, par moments, en coopération avec la Chine.
Le dernier point porte sur l’éventuelle conclusion d’un accord entre les États-Unis et la Chine. Cela dépendra de la stance diplomatique de l’administration Trump envers la Russie. La récente solidité des liens sino-russes s’explique par les sanctions imposées à cette dernière par les pays occidentaux. Mais un réchauffement des relations entre les États-Unis et la Russie aurait un impact sur les relations entre la Chine et la Russie. Quels accords sino-américains pourraient voir le jour dans ce jeu diplomatique entre grandes puissances ?
Le principe de « Chine unique » sera-t-il respecté ?
La Chine s’inquiète aujourd’hui de la relation entre Taïwan et les États-Unis, ou plutôt de l’avenir du principe de « Chine unique ». Cette question est intimement liée au Consensus de 1992 par lequel la Chine et Taïwan reconnaissent appartenir à une seule Chine. En un mot, si les États-Unis ou Taïwan venaient à réfuter ce principe, cela ébranlerait non seulement les relations sino-américaines mais également les relations entre Taïwan et la Chine.
L’entretien téléphonique entre Trump et la présidente taïwanaise Tsai aurait été motivé entre autres par la volonté de Taïwan d’acheter des armes aux États-Unis, mais une question persiste : Donald Trump, désormais président, va-t-il à nouveau aborder le sujet de la « Chine unique » ? N’oublions pas qu’une évolution sur ce point aurait des conséquences importantes sur le Japon, qui a lui aussi bâti ses relations avec la Chine et Taïwan sur ce principe de « Chine unique ».
(D’après un original japonais du 10 janvier 2017. Photo du titre : le président élu Donald Trump (à droite) et le gouverneur de l’Iowa Terry Branstad (à gauche) lors d'un rassemblement à Des Moines le 8 décembre 2016. © AP / Aflo.)
