Une réforme doit aussi s’appliquer à la gestion des ressources humaines
Dans ce contexte, il ne faut pas perdre de vue les facteurs qui ont contribué à retarder la réforme pendant si longtemps, en obligeant les travailleurs à accepter tacitement le système des heures supplémentaires. Le premier de ces facteurs est le fait que les employés n’occupant pas un poste de direction en sont venus à considérer les heures supplémentaires comme un moyen habituel d’arrondir leurs fins de mois.
Le second, c’est que les heures supplémentaires régulières ont fini par constituer une marge de manœuvre qui a permis aux employeurs de gérer les moments difficiles en diminuant le nombre d’heures effectuées par le personnel, sans pour autant procéder à des licenciements.
Le troisième facteur, n’est autre que la culture organisationnelle qui s’est développée à partir du système fondé sur l’adhésion à la communauté constituée par l’entreprise, et qui veut que les patrons engagent massivement chaque année des nouveaux diplômés frais émoulus de l’université en leur assurant la sécurité d’un emploi à long terme (voir article Les problèmes spécifiques du système de l’emploi japonais).
Dans ce type de contrat où la loyauté absolue est considérée comme le prix à payer pour l’adhésion, les employés travaillent plus longtemps que le strict nécessaire parce qu’ils savent qu’un comportement plein d’abnégation est synonyme d’évaluations favorables, de promotions et d’augmentations.
Les changements préconisés par le plan de réforme du travail de mars 2017 auront bien du mal à balayer des habitudes aussi profondément ancrées dans les mentalités, même s’ils correspondent indéniablement à un grand pas en avant. Pour s’imposer, il faudra qu’ils aillent de pair avec une évolution de la culture d’entreprise et d’une gestion du personnel qui valorise systématiquement les employés consacrant beaucoup de temps à leur travail.
Une autre façon de décourager cette pratique consiste à multiplier le nombre des employés exclus du système des heures supplémentaires. En l’état actuel des choses, la loi japonaise interdit les heures supplémentaires pour les postes de direction. Mais les textes qui vont être soumis à la Diète devraient étendre cette exclusion aux employés non-cadres relativement bien payés des secteurs de la finance, des activités de conseil ou de la recherche et développement.
Ils n’ont pas encore fait l’objet d’un débat par crainte d’une réaction des partis de l’opposition qui sont persuadés que cette mesure va inciter les patrons à imposer de longues heures de travail à ce type de main-d’œuvre. Mais une fois que la Diète aura adopté la loi sur la limitation des heures supplémentaires, ce genre d’inquiétude devrait disparaître et le gouvernement pourra mettre en place un système d’exemption des heures supplémentaires plus étendu, en éliminant les contraintes liées aux salaires.
