Une ouverture graduelle
Le recours aux travailleurs étrangers pour soulager la pénurie de main-d’œuvre agricole n’est pas une idée nouvelle. On estime qu’il y a aujourd’hui environ 25 000 personnes de nationalité étrangère qui travaillent dans les exploitations agricoles japonaises dans le cadre du « Programme technique de formation interne » (TITP, d’après le sigle anglais), introduit en 1993. Certains producteurs confessent que leur activité ne serait pas viable sans ces travailleurs « en formation ».
Toutefois, les exploitations qui participent au programme sont soumises à un éventail de contraintes. Pour commencer, le programme définit un cap en ce qui concerne le nombre de stagiaires par exploitation. Outre cela, le placement des stagiaires n’est autorisé que dans certaines catégories d’établissements et pour certains types de tâches. Le travail non spécialisé et répétitif est considéré comme incompatible avec le but ostensible du programme (le transfert de compétences à d’autres pays). À l’origine, qui plus est, le dispositif limitait à trois ans la longueur du séjour (la période de formation). Un grand nombre de producteurs se sont plaints de la quantité de temps qu’ils dépensaient pour des stagiaires sans qualification, avec pour seul résultat de les voir partir dès qu’ils avaient acquis des compétences.
Depuis environ un an, toutefois, le gouvernement a pris des mesures décisives pour assouplir les restrictions à l’entrée et à l’emploi des travailleurs agricoles étrangers.
Trois mesures concrètes
La première mesure a consisté à porter de trois à cinq ans la durée maximale de séjour pour les stagiaires se trouvant sous la supervision d’entreprises ou autres organisations d’accueil satisfaisant à des critères spécifiques d’excellence. Ce changement a été intégré dans un texte de loi entré en vigueur en novembre 2017.
La deuxième mesure du gouvernement a concerné la légalisation de l’admission et l’emploi de travailleurs agricoles étrangers (par opposition aux travailleurs « en formation ») au sein des « zones nationales stratégiques spéciales ». Pour répondre aux préoccupations qui avaient émergé dans le cadre du TITP en ce qui concerne l’exploitation de la main-d’œuvre et les violations des droits, le nouveau programme prévoit que le placement des travailleurs satisfaisant aux conditions requises se fasse par l’intermédiaire d’agences de recrutement autorisées, et il introduit un dispositif de surveillance chargé de veiller au respect tant des règles propres au programme que des normes du travail. Il n’impose aucune restriction au nombre des travailleurs étrangers employés par une exploitation ou un établissement, mais il limite la durée du séjour à trois ans. La préfecture d’Aichi, qui correspond à l’une des dix zones stratégiques spéciales, a été la première à adhérer au programme. Elle a annoncé son choix d’une agence de recrutement autorisée en août 2018.
Ceci étant, le plus gros de la base de production de l’agriculture japonaise se situe en dehors de ces zones. Et les producteurs tributaires des stagiaires étrangers dans le cadre du TITP se demandent pourquoi cette deuxième mesure du gouvernement ne se limite qu’aux zones stratégiques spéciales, et ne s’étend pas au pays entier. Selon eux, faute d’un assouplissement des réglementations, les importations agricoles sont vouées à augmenter. Plutôt que de limiter le programme à des zones spéciales, ils préconisent de lever l’interdiction du recours à la main-d’œuvre étrangère le plus vite possible et à l’échelle de la nation.
Enfin, au mois de juin 2018, le gouvernement a exposé sa troisième mesure. Dans le cadre de la version 2018 de la « Politique fondamentale de gestion et de réforme économiques et budgétaires », il entend ouvrir la porte aux travailleurs invités dans des secteurs d’activité spécifiés, dont l’agriculture, avec une durée maximale de séjour de cinq ans. Les diplômés du TITP figureraient parmi les personnes susceptibles d’obtenir le nouveau visa de travail. Les personnes entrant au Japon dans le cadre du programme de formation seraient ainsi autorisées à vivre et travailler dans le pays pour une période pouvant aller jusqu’à dix ans au total.
