Pour une survie à long terme de l’agriculture japonaise
Ce sont là de bonnes nouvelles pour le secteur agricole. Mais pour que ces réformes aboutissent et assurent à ce secteur une offre constante de main-d’œuvre, celui-ci devra commencer par mettre de l’ordre dans sa propre maison.
Cela implique en premier lieu la formulation et la mise en œuvre de normes industrielles garantissant aux travailleurs invités que leurs besoins seront satisfaits et leurs droits respectés. Le TITP a été entaché d’infractions au droit du travail et de violations des droits humains, telles que refus d’une juste rémunération et confiscations de passeport pour empêcher les stagiaires de partir. Chaque année, quelque 200 cas de ce genre sont signalés au ministère de la Justice, dont près d’un tiers – la plus grosse part – en provenance du secteur de l’agriculture et de la pêche. Le TITP a été mentionné dans des rapports américains sur le trafic d'êtres humains pour ses carences en termes de protection des droits des travailleurs étrangers.
Je dois dire que les agriculteurs que j’ai personnellement rencontrés au cours de mon enquête sur le TITP se sont avérés exemplaires dans leurs façons de recruter et de traiter les stagiaires. En dépit des efforts et de l’argent qu’il leur en coûte, beaucoup ont des entretiens en tête à tête avec les candidats dans leurs pays d’origine, et certains vont jusqu’à s’adresser aux familles des candidats pour leur donner des explications sur la nature et le contenu des stages.
Furukawa Hiromu, patron de la ferme Kosen, dans la préfecture de Kagoshima, illustre bien cette façon de procéder. Son exploitation, qui produit des poulets, des œufs, ou des légumes, héberge actuellement six stagiaires en provenance du Vietnam. « Chaque fois que j’ai un point sur lequel je veux attirer l’attention des travailleurs, j’en fais part à tout le monde, stagiaires comme personnel japonais, de façon à ce que personne ne se sente humilié », explique M. Furukawa.
Un autre domaine où le secteur doit agir est la productivité du travail. D’après Umemoto Masaki, directeur général de l’Organisation nationale de recherche sur l’agriculture et l’alimentation, la productivité dans les secteurs de l’agriculture, des forêts et de la pêche décline au Japon depuis la seconde moitié des années 1990. Pendant un certain temps, les rendements ont augmenté, grâce à l’usage des engrais chimiques et à l’emploi de variétés de plantes améliorées. Et les agriculteurs investissaient dans la mécanisation pour une meilleure efficacité. Mais les progrès sur ce front piétinent depuis deux décennies.
Faute de renforcer leur productivité, les exploitations japonaises ne seront pas en mesure d’offrir des salaires plus élevés, ce qui limitera leur aptitude à attirer les travailleurs étrangers. Le Japon se trouve en concurrence avec d’autres pays industrialisés de la région asiatique et du monde entier pour la main-d’œuvre en provenance des pays en développement. Il y a quelques années, lorsque je me suis rendu aux Pays-Bas et au Danemark pour étudier leurs politiques et leurs pratiques agricoles, le salaire horaire des travailleurs agricoles étrangers équivalait à plus de 2 500 yens (environ 20 euros). L’offre de main-d’œuvre étrangère risque de se tarir si les exploitations s’avèrent incapables de proposer des salaires compétitifs au niveau international.
À moyen terme, les réformes des politiques migratoires concernant l’embauche des travailleurs étrangers sans qualification vont indubitablement produire de bons résultats pour le secteur agricole japonais. Mais la survie et la croissance à long terme de l’agriculture japonaise demandent que la mise en place du nouveau cadre juridique s’accompagne d’un changement dans les attitudes des producteurs ainsi que d’améliorations de la productivité du travail.
(Photos avec l’aimable autorisation de la ferme Kosen. Photo de titre : récolte de laitues dans la ville de Bandô, préfecture d’Ibaraki. Aflo)


