La générosité de Taïwan envers le Japon

Dans le même temps, les échanges et les contacts de type privé entre le Japon et Taïwan se sont développés rapidement, bien au-delà de leur niveau d’avant 1972. L’attitude de la population de l’Archipel vis-à-vis des Taïwanais s’est considérablement améliorée, en particulier grâce au soutien moral et de la générosité extraordinaire dont ceux-ci ont fait preuve à son égard lors du séisme et du tsunami géants qui ont dévasté le nord-est du Japon, le 11 mars 2011. Ils ont en effet donné plus de 20 milliards de yens (environ 150 millions d’euros) alors que leur pays compte à peine 23 millions d’habitants.

Le gouvernement japonais n’en a pas moins conservé une position extrêmement réservée avec des changements lents et prudents, y compris pendant la période où Abe Shinzô, un fervent soutien de Taïwan, est resté au pouvoir.

L’image de Taïwan dans le monde change pour le mieux

Taipei a tiré la sonnette d’alarme à maintes reprises pour signaler le comportement inquiétant de Pékin, mais ses avertissements n’ont pas suscité de réaction jusqu’à une période récente. Pour la communauté internationale, les intérêts économiques allant de pair avec de bonnes relations avec la Chine avaient beaucoup plus d’importance que les éventuelles menaces pesant sur l’indépendance de Taïwan. Quoi qu’il en soit, le peuple taïwanais a clairement prouvé par le biais d’élections démocratiques successives qu’il était opposé à une réunification avec la Chine continentale et il a peu à peu réussi à faire entendre sa voix. Par ailleurs en 2020, la population et les autorités taïwanaises ont éveillé l’intérêt et la sympathie du monde entier par la façon remarquable dont ils ont géré la crise sanitaire du coronavirus. (Voir notre article : Comprendre la réussite de Taïwan face au coronavirus : une expérience vécue de l’intérieur)

Si Taïwan a incontestablement bénéficié de l’aggravation des tensions entre la Chine et les États-Unis, on ne peut pas pour autant attribuer son nouveau prestige uniquement au hasard. Car la considération dont ce pays jouit au sein de la communauté internationale est aussi le résultat de ses efforts pour devenir une nation démocratique. La visite en août 2020 de Milos Vystrcil, président du Sénat de la République tchèque, est emblématique du changement de statut de Taïwan au niveau mondial. Et la déclaration commune du 16 avril 2021 des États-Unis et du Japon a eu encore plus de sens pour les Taïwanais. Si le ministère des Affaires étrangères de Taipei a réagi posément en « accueillant [cette initiative] avec une profonde gratitude », les médias ont quant à eux fait preuve d’un immense enthousiasme. En effet, pour le peuple taïwanais, c’est une forme de légitimation et de soutien qu’ils attendaient depuis longtemps.

Une présidente taïwanaise particulièrement avisée

Tsai Ing-wen, la présidente taïwanaise, a quant à elle toujours insisté sur le maintien du statu quo dans les relations entre les deux rives du détroit de Formose, et ceci a grandement facilité le changement d’attitude de la communauté internationale. Les États-Unis et le Japon n’avaient guère apprécié le nationalisme ouvertement indépendantiste de Chen Shui-bian, président de Taïwan de 2000 à 2008. Ils préfèrent de loin l’approche politique plus pragmatique et plus avisée de Tsai Ing-wen qui consiste à éviter de parler ouvertement d’indépendance (bien que cette discussion existe au sein de son parti pro-indépendance) tout en contribuant au renforcement d’une « identité taïwanaise » modérée.

Tsai Ing-wen a fait preuve d’une remarquable aptitude à défier la Chine sans jamais franchir la limite qui déboucherait sur un conflit ouvert. Pékin a beau être mécontent de la présidente de Taïwan, tout ce qu’il peut lui reprocher c’est la volonté d’« indépendance qui se cache » derrière ses paroles. Elle se garde en effet de revendiquer l’« indépendance de plein droit » que l’empire du Milieu se refuserait à admettre.

Dans le cadre de son numéro d’équilibriste, Tsai Ing-wen s’est engagée à ne pas chercher à nouer des relations diplomatiques officielles avec Washington bien qu’elle s’emploie à renforcer les relations informelles entre Taïwan et les États-Unis. De même, elle a envoyé des avions de chasse en réponse à des incursions d’avions chinois dans l’espace aérien de Taïwan tout en précisant qu’ils n’effectueraient aucun tir. La patience et la constance de Tsai Ing-wen ont fini par rassurer Tokyo et Washington en leur prouvant que Taipei ne ferait rien qui puisse remettre en cause le statu quo.