Les yôkai près de la gare

Si vous voulez découvrir encore davantage le monde de Mizuki, reprenez le chemin vers la gare de Chôfu et vous trouverez « Kitaro Hiroba », la Place Kitaro, un nouveau spot de yôkai. Ouvert en 2019, le parc utilise le terrain libéré par la mise en souterrain de la ligne ferroviaire entre les stations Chôfu et Nishi-Chôfu de la ligne Keiô. Des équipements et aires de jeux y ont été aménagés, notamment les personnages de Kitaro le Repoussant, la maison de Kitaro avec un toboggan et un banc Ittan Momen (Coton volant). Les coûts d’aménagement et d’entretien de la place et des équipements de l’aire de jeux sont couverts par du crowdfunding.

Nouveauté depuis 2021, l’étang « Kappa no Sanpei » (malheureusement pas un véritable étang) a été installé pour commémorer le 60e anniversaire de la publication de l’une des œuvres les plus célèbres de Mizuki : Kappa no Sanpei (en français sous le titre Mon copain le kappa). Le personnage principal est un garçon nommé Sanpei, qui ressemble à un kappa, l’un des yôkai les plus connus du folkore. Un jour, il rencontre un vrai kappa qui l’invite à découvrir son monde mythique. Cette représentation d’un monde idyllique où humains, animaux et spectres vivent ensemble dans les montagnes et coexistent pacifiquement est considérée comme un chef-d'œuvre de l’œuvre de Mizuki.

« Kappa no Sanpei »
« Kappa no Sanpei »

La fin de la balade : recueillement sur la tombe de Mizuki Shigeru

Le dernier des lieux associés à Mizuki est le temple Kakushô-ji, associé au temple Hongan-ji de l’école bouddhique de la Véritable Terre Pure, où se trouve la tombe de Mizuki. Le Kakushô-ji est une branche du temple Edo-Asakusa Gobô, construit à l’époque Edo. L’Edo-Asakusa Gobô a brûlé lors du Grand incendie de Meireki en 1657, qui a détruit la majeure partie d’Edo. Il a ensuite été rebaptisé Hongan-ji et déplacé par le shogunat sur un site récupéré à Tsukiji. Le temple Kakushô-ji aussi était situé à l’origine ailleurs dans la ville de Chôfu, et n’a été déplacé sur son site actuel qu’en 1944, avec les temples voisins Chôsen-ji et Kôgaku-ji, sur ordre de l’armée, qui prévoyait de construire un aérodrome. Le pavillon principal actuel et le pavillon de réception (kyakuden) adjacent ont été construits respectivement en 2001 et 2007.

La tombe de Mizuki est facile à repérer. Parmi les pierres tombales grises, celle de Mizuki est la plus frappante, décorée de statues en pierre de Kitaro et de Ratichon placées de chaque côté. Sur le monument est gravée l’expression Namu Amida Butsu, la formule bouddhique rituelle de salut adressée au Bouddha Amida. Les murs de pierre entourant les trois pierres tombales sont également ornés de yôkai et sculptés de personnages populaires, dont Misstigri.

La tombe de Mizuki Shigeru dans l'enceinte du temple Kakushô-ji
La tombe de Mizuki Shigeru dans l’enceinte du temple Kakushô-ji

L’ensemble donne un spectacle à la fois chaleureux et quelque peu macabre. La tombe de Mizuki est toujours remplie d’offrandes (non seulement les fleurs habituelles, mais aussi des bonbons, des snacks, du jus de fruit en canette et de la bière) de la part des nombreux fans qui viennent de tout le pays pour lui rendre hommage.

Mizuki a dessiné lui-même sa tombe en 1987, alors qu’il n’était que sexagénaire. Selon le récit du prêtre en chef du temple Kakushô-ji, Mizuki prévoyait à cette époque de se rendre en Papouasie-Nouvelle-Guinée, où il avait vécu et avait failli mourir pendant la Seconde Guerre mondiale. Après une longue période littéralement entre la vie et la mort, il était devenu très proche de la population locale qui l’avait sauvé. Le but de ce voyage était de reprendre contact avec ses amis de Papouasie-Nouvelle-Guinée, et d’effectuer des recherches sur les croyances aux esprits. Mais, avant son départ, sa femme Nunoe, qui s’inquiétait de sa santé, lui avait suggéré de se faire construire une tombe, au cas où…

Alors que sa famille était traditionnellement affiliée à l’école bouddhique du zen Soto, Mizuki Shigeru a choisi le temple Kakushô-ji, qui relève de l’école de la Terre Pure, comme lieu de son repos éternel. Mizuki aimait l’atmosphère de l’édifice et s’y rendait souvent après sa promenade quotidienne. Il y a de grands arbres à côté du pavillon principal et il faut passer par un chemin étroit entre les arbres pour accéder au cimetière à l’arrière du temple. Mizuki y avait peut-être senti la présence de ses yôkai bien-aimés...

(Photo de titre : Hitotsume Kozō [le garçon à un œil], assis sur un banc pour effrayer les passants. Toutes les photos © Gianni Simone © Mizuki Productions, sauf mentions contraires)