Tirer l’inspiration de sa ville natale

L’exposition du Salon Gustave Eiffel consacrée à Nishino Akihiro associait un travail artistique haut en couleurs à des technologies de pointe telles que la réalité augmentée (AR), qui permet d’intégrer des éléments virtuels en 2D ou en 3D dans un environnement réel, et la réalité virtuelle (VR), c’est-à-dire simulée par ordinateur. L’artiste japonais explique que dans le projet initial, il n’était pas question d’avoir recours à l’AR et à la VR.

« Quand on a une bonne histoire, on peut être tenté d’utiliser des technologies de pointe pour la rendre encore plus spectaculaire. Mais pour moi, ce qui compte avant tout c’est de concevoir un univers original susceptible de toucher les lecteurs. Mon travail consiste à créer une ville dans laquelle les gens ont envie d’entrer. »

Le dernier album de Nishino Akihiro intitulé « Tic-Tac, la promesse de la tour de l’Horloge » est sorti en avril 2019. C’est l’histoire d’une mystérieuse horloge perdue dans une forêt qui s’arrête toujours une minute avant minuit, bien qu’elle soit en état de marche. Cet ouvrage superbement illustré donne une idée de ce que nous prépare l’artiste pour les années à venir.

« Tic-Tac, la promesse de la tour de l’Horloge » met en scène des édifices et des paysages de Kawanishi, la ville natale de Nishino Akihiro, y compris sa forêt, ses ponts et son sanctuaire. L’artiste a réussi à intégrer les héros de son histoire dans ce cadre réel, grâce à l’AR. Il envisage de pousser encore un peu plus loin ce mélange de réalité et de fiction en créant un parc à thèmes à Kawanishi. Il a déjà acheté du terrain sur place pour mener à bien son projet. Mais il s’empresse de préciser qu’il y a encore beaucoup à faire avant que son rêve ne voie le jour.

Nishino Akihiro explique comment l’idée de « créer une ville » lui est venue à l’esprit. « Quand on prend de l’âge, on commence à éprouver une sorte d’amour pour son pays natal. C’est comme ça que j’en suis venu à envisager la ville où je suis né comme le cadre de mon histoire. J’ai l’intention de continuer à travailler dans le domaine du spectacle. Avec une forme de spectacle typiquement japonaise qui s’adresse au monde entier. C’est en tout cas le pari que j’ai fait. »

Un jeune visiteur de l’exposition Nishino Akihiro, les yeux rivés vers le haut.  Les « tableaux lumineux » étaient disposés à dessein de façon à être regardés de bas en haut et à orienter naturellement les visages vers le ciel.
Un jeune visiteur de l’exposition Nishino Akihiro, les yeux rivés vers le haut. Les « tableaux lumineux » étaient disposés à dessein de façon à être regardés de bas en haut et à orienter naturellement les visages vers le ciel.

Regarder toujours vers le haut, en direction de ses rêves

Poupelle et la ville sans ciel se déroule dans une ville hérissée de cheminées géantes et entourée de falaises infranchissables où personne ne lève jamais les yeux vers le ciel obscurci par un rideau de fumée. Les deux héros sont les seuls à rêver d’aller voir au-delà. Poupelle, une créature anthropomorphe née d’un amas de déchets, se prend d’affection pour un petit ramoneur Lubicci doté d’un haut de forme, d’un nœud papillon et de bretelles. Mais leur amitié et leur audace provoquent des réactions de colère et de mépris dans leur entourage. Pour Nishino Akihiro, leur histoire est à bien des égards le reflet de la société actuelle. « Ceux qui parlent de leurs rêves se font rire au nez et quand ils essaient de les réaliser, on s’en prend à eux. Mais en vérité, on ne peut rien faire tant qu’on ne lève pas les yeux vers le ciel. Il faut regarder vers le haut. »

Dans le Salon Gustave Eiffel, les « tableaux lumineux » étaient justement disposés de façon à ce que l’histoire se lise de bas en haut et que le visage des visiteurs soit naturellement tourné vers le ciel.

Loin de se préoccuper des critiques que lui vaut parfois son travail, Nishino s’applique à faire passer le même message avec ses illustrations que par son humour, un message plein de confiance, de délicatesse et de curiosité, tout comme lui.

Interview réalisée par Hino Kyôko
Photos : Sawada Hiroyuki

(Photo du titre : Nishino Akihiro en octobre 2019, lors de son exposition dans le Salon Gustave Eiffel, au premier étage de la tour Eiffel)