La décontamination n’est pas abordée de manière systématique.

HARANO Quelle est la situation actuelle concernant la décontamination ?

HAYAKAWA G (KFB) Très inégale selon les endroits. La décontamination doit être abordée en termes de surface à traiter. Mais les lieux qui ne sont pas traités par l’État doivent être traités par la ville, les endroits que la ville ne traite pas doivent être traités par la division administrative, les endroits que la division administrative ne traite pas doivent être traités à l’échelle du quartier, des voisins, des individus, et en fait c’est que du grignotage. Il n’y a pas de décontamination systématique sur de vraies surfaces, le niveau de radioactivité ne baisse pas.

HARANO Voulez-vous dire que les responsables politiques manquent de capacités ?

Seto Eiji

SETO (Minyu) Alors que la crise de Fukushima est la crise du Japon tout entier, de nombreuses voix se demandent en permanence : « Mais que font les hommes politiques ? » Différents dispositifs, comme l’Agence pour la reconstruction, entre autres, ont été mis en place, mais il suffit d’écouter comment parlent les gens des ministères : leur intérêt pour Fukushima s’amenuise de plus en plus. Il ne s’agit pas de reconstruire à l’identique mais de reconstruire en visant une catégorie au-dessus, comme cela a été fait dans la région de Kobe. Et pour cela, il faut que les représentants du pouvoir central restent focalisés sur Fukushima.

TAKANO (TUF) Un autre problème est que les gens évitent de venir à Fukushima à cause de la radioactivité. Il me semble voir apparaître un cercle vicieux : si les réfugiés ne reviennent pas, la population baisse encore plus. C’est pareil en ce qui concerne le niveau réglementaire de radioactivité admissible des produits agricoles. Certains souhaiteraient que la norme soit relevée pour Fukushima, mais il est difficile de fixer une norme quand l’opinion générale du pays tout entier et l’opinion des gens sur place divergent entièrement sur ce que devrait être la valeur juste.

 « Le riz récolté en 2010 a été retourné sur la fois de rumeurs »

Gôtô Yoshinori

GOTO (FTV) Ce qui a été le plus symbolique pour moi, c’est quand le riz récolté en 2010 a été retourné. Oui, la récolte d’avant l’accident nucléaire : renvoyée ! C’est peut-être un effet de l’ignorance, mais c’est la réalité. Alors puisqu’il y a un risque pour la santé, si on veut que la production survive à Fukushima, dans tous les secteurs, il faut tout trier minutieusement, ce qui est dangereux et ce qui est de la rumeur. Par exemple, pour toute la production agricole, un contrôle systématique de tous les produits. Pas de contrôle sur échantillons, parce qu’on pense toujours qu’il y en a qui seront passés à travers les mailles du filet.

HAYAKAWA M. (Minpo) Mais on retombe sur la difficulté de fixer le niveau de la norme. Quand le ministère de la Santé a fixé une nouvelle norme pour le césium radioactif contenu dans les aliments, le ministère a expliqué que la norme temporaire était suffisante pour garantir la « sécurité », mais que pour garantir la « tranquillité », ils avaient fixé une norme plus sévère. Certainement, pour le consommateur, une norme sévère est préférable. Mais pour le producteur, tant que la décontamination n’avance pas, une norme trop sévère risque de faire disparaître toute activité de production sur Fukushima. À Fukushima, il y a des consommateurs et des producteurs. Si la norme est fixée par la façon de voir du consommateur de la capitale, des gens se trouvent éliminés de la société.

Par exemple, la scène s’est passée pendant une réunion entre parents d’élèves et enseignants dans une école primaire. Une mère d’élève a déclaré : « Arrêtez de distribuer de la nourriture faite à partir de produits de Fukushima à la cantine sous prétexte qu’il faut consommer local ». Ce à quoi une autre mère de famille, agricultrice, a répondu : « Nos produits sont inférieurs à la norme, qu’est-ce qu’ils ont de mauvais, nos produits ? ». Cela a dégénéré en dispute.

En outre, concernant les gens qui partent volontairement, j’ai entendu dire qu’ils sont critiqués comme des « fuyards ». On entend aussi parler de cas contraire où les gens qui partent disent que ceux qui restent n’assurent pas leur responsabilité de parents. Entendre ça fait mal. On demande aux médias de dire exactement quelle est l’influence d’un taux d’irradiation faible sur la santé, mais comment tracer une frontière entre ce qui est sans danger et ce qui ne l’est pas quand la science n’a pas de vision claire de la question ? Le principe de précaution s’applique aussi aux médias.

GOTO (FTV) J’ai l’impression que « ne pas imposer ses valeurs personnelles » est devenu la règle tacite de la population de Fukushima. Sur la radioactivité, sur le fait de manger ou pas du riz local, ce sont des questions qui regardent chacun individuellement, et si moi je fais telle ou telle chose, je ne l’impose pas aux autres. C’est une règle importante pour continuer à vivre, pour nous.

Mais d’autre part, nous avons besoin de tracer une ligne claire pour nous faire comprendre des gens de l’extérieur. Les index doivent être fixés rapidement pour que la majorité puisse être convaincue et avoir de nouveau confiance. Tant que cette ligne ne sera pas tracée, toute autre valeur que zéro restera inacceptable dans la tête des gens.