Le manga a-t-il évolué depuis « ce jour-là »
M. Shiriagari n’a pas cessé de dessiner la situation à quelle le Japon fait face depuis le séisme dans la série de bandes en quatre cases « La famille des défenseurs de la Terre » (Chikyû bôei ke no hitobito) qui est publiée quotidiennement sur le journal Asahi Shimbun édition du soir depuis avril 2002. Il explique : « J’ai toujours dessiné mon sentiment quotidien, il n’était pas possible d’ignorer le séisme. Mais si je dis que la centrale nucléaire est sûre, je me fais engueuler, et si je dis qu’elle est dangereuse, je me fais engueuler aussi. Alors bien sûr je fais très attention à ne pas oublier qu’il y a des gens qui doivent vivre au sein de positions diverses. De même, se moquer de quelque chose, c’est faire de quelqu’un la victime des moqueries. Je n’aime pas l’idée de blesser quelqu’un en me moquant, c’est pourquoi c’est toujours mes héros qui sont la cible des plaisanteries. »
Les bandes dessinées de Shiriagari Kotobuki depuis le séisme ont été réunis en volume sous le titre « Le Manga depuis ce jour-là » (Anohi kara no manga ; éd. Enterbrain) en juillet 2011. L’histoire « Le village au bord de la mer » ( Umibe no mura ) est paru dans le mensuel Comic Beam juste après le séisme dans le numéro mis en vente le 12 avril 2011. Dans ce récit, 50 ans après un grand tremblement de terre, des villageois choisissent de renoncer au luxe en n’utilisant l’énergie qu’à tour de rôle. Cette histoire a eu un grand retentissement.
« Quand j’ai réfléchi à ce que les auteurs de manga pouvaient faire, l’image du travail des scientifiques qui expliquent les effets de l’accident nucléaire m’est venue à l’esprit. Les scientifiques donnent des chiffres, mais la réaction est différente selon les gens : certains acceptent ces chiffres, d’autres les refusent, d’autres encore s’en foutent. En rassemblant tous ces personnages, on peut dessiner une sorte de tableau de notre époque. C’est ce que j’ai voulu dessiner. Il me semble que le manga doit dessiner les choses qui se trouvent à l’autre bout de ce genre de chiffres. Même si aujourd’hui tout ce qu’il y a à voir est assez détestable, dans 50 ans, on y verra sans doute de l’espoir. C’est cette idée-là que j’ai dessinée dans « Le village au bord de la mer ».
Au-delà des chiffres, au-delà de la science…
La politique gère les situations réelles, le journalisme soulève les problèmes, la science analyse les circonstances pour chercher les solutions. Et le manga ? Le manga possède la force de faire ce que ces trois instances ne peuvent pas. Transmettre des sentiments de solidarité aux sinistrés, même de façon illusoire, dessiner l’espoir de l’avenir.
Le manga a apporté un peu de plaisir et de petits sourires au milieu de ces jours débordants d’angoisse, de colère et de chagrin. Il a créé une opportunité pour réfléchir à des sujets difficiles comme les centrales nucléaires et la radioactivité. Et il a unifié les sentiments des habitants du monde entier au-delà des barrières de la langue. Et ce n’est pas fini, cela va grandir encore : « il y a tant de choses que le manga peut faire pour le monde ».
Photo : Itô Makoto
Reportage : Yata Yumiko, réalisé grâce à la collaboration du Musée International du Manga de Kyôto
Illustrations offertes par Mind Creaters / Ambassade de France au Japon
















