Les années du boom économique de l’après-guerre
Bien que cela soit difficile à imaginer aujourd’hui, dans les années suivant la fin de la guerre, Hato-no-Machi était un quartier de plaisirs animé, l’une des zones dans lesquelles les autorités d’occupation laissaient la prostitution avoir cours. Le nom du quartier (« La rue des tourterelles ») viendrait d’un terme d’argot utilisé pour désigner les femmes qui travaillaient ici. Les bâtiments de plusieurs maisons closes existent encore, reconnaissables à leur façade carrelée comme l’intérieur d’une salle de bains. Sur l’une d’entre elles, des carreaux rose et vert vif habillent les piliers aux formes extravagantes et l’avant-toit ; l’entrée est condamnée et un parapluie bon marché gît sur le pas de la porte, abandonné.
Le café-restaurant Eden a ouvert ses portes en 1959, quand le quartier vivait ses beaux jours. « A l’époque, il fallait être prudent », se souvient le patron, un sourire aux lèvres. « Il y avait encore beaucoup de ces types dans le coin », dit-il en faisant glisser un doigt sur sa joue, un geste pour désigner les yakuzas. « Mais cela fait bien longtemps qu’ils sont tous partis ; il ne reste plus que les gentils, maintenant. » La majorité des fidèles clients de l’Eden viennent ici depuis des décennies, le café est un lieu de réunion et de détente pour les habitants. « Quel jour sommes-nous, au fait ? » demande un homme âgé assis au comptoir quand son plat du jour lui est servi.
« L’histoire de la rue commerçante Hato-no-Machi remonte à presque 80 ans », explique Matsuhashi Kazuaki, propriétaire du salon de coiffure Cut Bank et président de l’association de quartier des commerçants. « Quand les maisons closes ont fermé dans les années 1950, la rue a prospéré en devenant une rue commerçante normale, spécialisée dans les produits frais. Pendant un temps, les maisons de geishas et les restaurants traditionnels du quartier voisin de Mukôjima ont été nos principaux clients. Mais quand ces établissements n’ont plus attiré les faveurs des huiles – les politiciens et les hommes d’affaires – toute la zone a décliné. Les habitants vieillissaient et beaucoup de commerces ont définitivement fermé. »




