Attirer une nouvelle génération

Mais aujourd’hui, l’atmosphère ancienne du quartier possède un charme exotique pour la nouvelle génération. M. Matsuhashi est convaincu que cela pourrait être la solution pour redynamiser le quartier et le préserver.

Vue du bâtiment Suzuki-sô

« Nous voulons conserver notre atmosphère et notre histoire uniques, tout en redynamisant le quartier et en assurant son avenir. C’est l’idée qui sous-tend le projet "Défi ! Suzuki-sô", lancé en 2008. Nous nous sommes dit que la meilleure façon d’attirer des énergies nouvelles était d’encourager des jeunes avec des idées neuves à venir s’installer ici. »

Il y a quelques années, l’association de quartier des commerçants a loué le bâtiment Suzuki-sô — un immeuble de logement abandonné destiné à être démoli. L’association loue les lieux à des jeunes qui ont des idées nouvelles pour utiliser cet espace. « Nous essayons de maintenir les loyers au minimum vital. L’idée est que les jeunes utilisent les lieux pour de l’artisanat, des petits projets artistiques, tout ce qui est créatif… »

Aujourd’hui, Suzuki-sô est entièrement loué.

La papeterie Kami Kôbô Dôchidô

Parmi les locataires, la papeterie chic Kami Kôbô Dôchidô. Dans un espace dépouillé sont exposés des cahiers, du papier et des cartes postales, des créations originales pour la plupart ingénieusement confectionnées à partir de matériaux d’emballage recyclés et autres rebuts en papier. « C’est mon mari qui a eu l’idée », explique la jeune femme qui tient la boutique. « Il aidait mes parents dans leur atelier de fabrication de papier près de la rivière, à Ryôgoku. Il ramassait tout le temps les morceaux de papier par terre, en répétant que c’était du gâchis de les jeter. Alors, quand nous avons entendu parler de ce projet, nous avons pensé que c’était notre chance. »

Encore une tour Skytree !

« Beaucoup de jeunes artistes, des écrivains et d’autres créateurs viennent s’installer par ici. Tout le quartier est très animé pendant les événements spéciaux comme les foires aux livres d’occasion et les marchés aux puces. Je crois que les gens sont attirés par cette aura des jours anciens, cette atmosphère particulière, qu’on trouve difficilement dans les autres quartiers de Tokyo. »


Dans l’ombre de la tour Skytree

Le café Koguma, installé dans un bâtiment construit en 1927

Un autre petit commerce du quartier qui bénéficie de cette initiative est Koguma, un élégant café qui met à profit avec créativité un bâtiment en bois construit en 1927. Une pharmacie était autrefois installée ici, et d’anciennes bouteilles de médicament sont toujours alignées sur les étagères, dans un coin du café. Les clients s’installent à des pupitres en bois patiné et savourent des classiques d’autrefois, comme le soda à la glace et le riz au curry en gratin.

 Les jeunes propriétaires ont d’abord visité le quartier avec la troupe de théâtre à laquelle ils appartenaient. « Nous avons été séduits par l’atmosphère, pas du tout typique de Tokyo. Ici, on sent qu’il existe une vraie communauté. Cela faisait trois ans que nous venions de temps en temps quand nous avons appris que ce local était libre. Nous avons sauté sur l’occasion ! »

Ces médicaments anciens sont restés dans les murs quand la pharmacie a fermé.

Tout en conservant les caractéristiques d’origine du bâtiment, les propriétaires s’efforcent de maintenir l’atmosphère particulière du quartier, et tentent de s’adresser aussi bien aux habitants âgés qu’à la clientèle plus jeune du week-end.

« Au théâtre, nous avions l’habitude de nous produire en extérieur afin d’incorporer à la pièce les sons naturels de l’environnement. Nous essayons de faire la même chose ici, pour conserver les qualités inhérentes au lieu.

Nos amis nous ont dit qu’on était fous d’envisager d’ouvrir un commerce dans cette partie de la capitale. Mais ça se passe plutôt bien. La tour Skytree a contribué à redynamiser les environs. Je ne trouve pas que l’ancienneté du quartier soit un handicap. D’une certaine façon, cela me rappelle les ruelles de Paris, ou les hutongs de Pékin. C’est excitant de visiter ces endroits, quand on est un touriste. On a vraiment l’impression de toucher du doigt la vraie vie, c’est unique. Je crois que c’est cela que nous pouvons offrir aux gens, ici. »

L’une des nombreuses bâtisses en bois de la rue. « On a vraiment l’impression de toucher du doigt la vraie vie. »

D’après M. Matsuhashi, ces efforts ont déjà commencé à porter leurs fruits. « Grâce à des commerces comme Koguma, nous apprenons progressivement à communiquer plus efficacement avec le monde extérieur. Beaucoup de jeunes gens commencent à visiter le quartier. A l’avenir, j’espère vraiment que nous pourrons continuer à combiner le savoir-faire et l’expertise des générations de tous âges. Si les habitants qui ont passé leur vie ici et les nouveaux arrivés continuent à travailler ensemble, je suis certain que nous parviendrons à construire un nouveau futur pour cet endroit si particulier. »

(Texte original en anglais de Paul Warham. Photographies de Yamada Shinji.)