Le blanc pur de l’hiver crée un désir de couleur
Takenami Hiroo, Maître Nebuta
On appelle « Maître Nebuta » le créateur qui dirige l’ensemble des processus de fabrication du Nebuta jusqu’à son achèvement : le carton (dessin) original qui servira de modèle, le squelette, l’encollage du papier, le dessin à l’encre de Chine, la coloration. Il n’existe pas de plan pour fabriquer le Nebuta, tout est fonction de l’image qu’en a le Maître Nebuta. Pour M. Takenami Hiroo, qui a créé trois Nebuta en 2012, le plaisir de fabriquer des Nebuta tient à la « liberté d’expression » dont jouit le Maître Nebuta. Parmi les différents aspects de la création, une attention particulière est portée à la couleur.
« Les habitants de la région de Tsugaru vivent tout le long hiver en quasi séclusion dans un monde entièrement blanc, à cause de l’abondance de neige. Je pense que c’est parce qu’ils sont affamés de couleurs que les Nebuta aux couleurs vives sont nés. Il m’arrive moi-même de partir d’une idée de couleur pour la conception d’un Nebuta. Cette fois-ci aussi, pour mon « Aterui, héros viril du Tôhoku », l’image de la couleur rouge m’est venue en même temps que le sujet. C’est ainsi que m’est venu l’idée de faire figurer une flamme dans la composition, afin de pouvoir utiliser ce rouge. Mais vous pouvez utiliser la plus magnifique couleur, si vous l’appliquez trop épais, elle perd sa transparence. Quand les lanternes sont allumées dans la nuit, je veux qu’elle soit la plus belle. C’est au vernissage à la cire qu’on contrôle le degré de transparence, et non pas en faisant varier la luminosité des ampoules. Eh oui, les techniques de l’ancien temps, quand les lanternes étaient éclairées par des bougies, vivent encore ! »
L’un des points essentiels : comment les spectateurs, situés à une dizaine de mètres, verront-ils le Nebuta ?
« On réfléchit toujours à la façon dont les spectateurs verront le Nebuta. Par exemple, comment créer le plus d’impact pour un spectateur assis qui regarde passer le Nebuta en levant la tête ? En fait, pour créer le Nebuta, il faut aussi de longues années d’expériences en tant que spectateur. »
Dans son enfance, M. Takenami passait déjà beaucoup de temps dans le hangar des Nebuta. Il a commencé par en fabriquer de petite taille, et c’est en gagnant sa vie comme pharmacien qu’il s’est dit : « Un jour, j’en ferai un grand… ». Maintenant, après bon nombre de Nebuta très appréciés à son actif, il est devenu « Maître Nebuta » professionnel.
« Je me retrouve plus comme maître Nebuta que comme phamacien. Et puis, il m’arrive encore de mettre la blouse blanche ! En fait, la plupart de créateurs de Nebuta continuent à exercer une autre profession. C’est un fait. Car la vie n’est pas assurée comme créateur de Nebuta, même en devenant professionnel. Et pourtant, les gens continuent d’en faire, car l’attrait du Nebuta est le plus fort ! »
Mise à part la création de Nebuta, M. Takenami se dépense aussi beaucoup pour former des successeurs et populariser le Nebuta comme œuvre d’art plutôt que comme un objet de fête. Pour cela, il a créé l’Institut du Nebuta, qui accueille des jeunes qui s’engagent pour devenir Maîtres Nebuta. Il présente également activement ses œuvres à l’étranger.
« Quand je suis allé en Hongrie, j’ai été très impressionné en voyant les lanternes géantes de bois et de papier se mouvoir entre les maisons de pierre. Les médias locaux en ont parlé comme d’un art du papier et art de la lumière, et on m’a posé des questions sur l’usage des couleurs de base. À Los Angeles aux États-Unis, le plus étonnant a été pour moi d’entendre les spectateurs pousser des « Oh ! » en voyant apparaître les Nebuta, alors que j’imagine que les spectateurs américains doivent être habitués à voir des parades de chars décorés et illuminés. Ils ne devaient pas s’attendre à voir des lanternes géantes éclairées de l’intérieur. Cela m’a donné à penser que la magie des Nebuta doit être transmise aussi à l’étranger. »





