La mort suit inévitablement la vieillesse, mais devons-nous vraiment craindre cette transition ? À l’aube de sa soixante-douzième année, le photo-essayiste Ônishi Naruaki se rend à Osore-zan (le mont Osore), un sommet vénéré et rugueux au fin fond d’une région nordique du pays, comme une porte d’entrée vers l’au-delà.
Au centre de la péninsule de Shimokita, dans les régions les plus septentrionales de la préfecture d’Aomori, se trouve Osore-zan (le mont Osore), l’un des endroits les plus sacrés du Japon. Hito wa shineba oyama sa igu, disent les habitants : « Quand les gens meurent, ils vont à la montagne. »
Depuis les temps anciens, Osore-zan est vénéré en tant que lieu où les âmes des morts se rassemblent en chemin vers l’autre monde, une sorte de nexus (ou de point de connection) entre cette vie et la suivante. Aujourd’hui encore, il attire des milliers de pèlerins en quête de communion avec les défunts.
Osore-zan peut désigner la zone autour du temple Bodai-ji, ou l’ensemble du vaste cratère avec ses huit sommets et son lac volcanique, Usori (Usori-ko). Le nom Osore, qui signifie « peur » ou « terreur », provient probablement de Usori ou d’un autre nom de lieu dans la langue des Aïnous. Il correspond parfaitement à l’aspect désolé et morne de ce paysage volcanique.

Il y a une vingtaine d’années, j’ai pu faire un tour rapide d’Osore-zan, mais cette fois-ci, je souhaitais vraiment « entrer en contact » avec la montagne. J’ai décidé de loger au temple zen Bodai-ji, qui aurait été fondé par le moine Ennin en 862.
Les pentes d’Osore-zan présentent un paysage stérile et étrange, parsemé d’émanations soufrées et de roches volcaniques noircies, et évoquent la légendaire Obasute-yama (une montagne où, selon le folklore traditionnel japonais, les personnes âgées étaient autrefois emmenées pour mourir). À mesure que l’on descend vers le lac, l’enfer calciné fait soudainement place à la vue éthérée d’un lac vert jade entouré de sable étincelant. C’est Gokuraku-hama, ou la plage du paradis.

Jigoku, ou l’Enfer, est le nom populaire de la zone la plus impitoyable d’Osore-zan, une pente accidentée où des gaz sulfurés s’échappent des cratères volcaniques et de l’eau chaude jaillit des roches escarpées. Ces dernières années, des scientifiques ont théorisé que des formes de vie primitives pourraient avoir émergé de telles sources chaudes, ou dans des environnements similaires, il y a environ quatre milliards d’années, alors que les volcans recouvraient la Terre. Il est bien possible que les anciens aient intuitivement perçu la confluence de la vie, de la mort et de la renaissance dans le paysage surnaturel d’Osore-zan.
Tout au long de cette série, je me suis posé cette question fatidique : « Qu’est-ce que la mort ? » Ma visite à Osore-zan m’a inspiré à revisiter les réflexions de Lewis Thomas sur le sujet. Comme il l’évoque dans son livre de 1976 intitulé The Lives of a Cell (« Les vies d’une cellule »), ses recherches scientifiques et ses observations en tant que médecin l’ont conduit à une conclusion surprenante : « Mourir est une chose tout à fait acceptable. Je préfère penser à la fin de la conscience comme à quelque chose qui se sépare des fils qui la relie, avant de revenir, comme un souffle facile, dans la membrane de son origine, devenant ainsi un nouveau souvenir pour le système nerveux de la biosphère. »

(Photo de titre : des générations de pèlerins japonais ont cherché à entrer en communion avec les morts en traversant le « paysage infernal » de la montagne sacrée Osore-zan. Toutes les photos : © Ônishi Naruaki)

















