Une vie à peindre jusqu’au milieu de la nuit
Pour Tôei, M. Ôshita eut à dessiner presque quotidiennement Takakura Ken ou Tsuruta Kôji, les stars incontestées des films de yakuza.
« La popularité de Takakura Ken était telle que, dans la salle de 650 places, nous faisions parfois entrer jusqu’à 1 700 personnes. On ne vidait pas la salle à la fin de la projection comme aujourd’hui, et certains spectateurs restaient pour le revoir une seconde fois. Cela était la cause de bagarres entre spectateurs, parfois. Moi aussi, j’adorais Takakura Ken, j’adorais le dessiner. En plus, son visage est très caractéristique, simple à dessiner. Même si aucune autre star ne lui arrivait à la cheville pour dégager une telle aura mélancolique à couper au couteau.
M. Ôshita était tellement doué pour peindre l’atmosphère particulière du visage des stars qu’il commença même à recevoir, en plus de son travail pour Tôei, des commandes venant d’autres cinémas, pour lesquels il s’occupait seulement des visages des acteurs principaux dans l’enseigne. À 26 ans, il prit son indépendance. Dans les années 80, il y avait 11 cinémas à Mito, qui, tous, commandaient leurs enseignes à M. Ôshita.
Pour réaliser ces enseignes géantes, on trace d’abord une grille quadrillée sur l’affiche du film qui sert d’original, et on reproduit le dessin en agrandissant la grille au crayon sur le support de l’enseigne, avant de peindre à la peinture acrylique.
La largeur de l’enseigne étant très variable (de 2 à 5,4 mètres environ), il faut repenser la composition, parce que celle de l’affiche originale ne peut pas être reproduite telle quelle. D’autre part, un savoir-faire est indispensable afin de pouvoir superposer les couleurs, car la peinture sèche très rapidement.
« La réalisation d’une enseigne prend à peu près un jour et demi. Avec l’expérience, la composition idéale à la taille de l’enseigne vous vient tout de suite à l’esprit. Au plus fort de cette époque, je travaillais tous les jours jusqu’à deux ou trois heures du matin. »
À compter de son mariage, à 30 ans, sa femme de 3 ans plus jeune que lui le seconda.
« Mon travail consistait à coller le papier qui deviendrait le support du croquis de l’enseigne. Je pouvais le faire en portant notre bébé son mon dos, explique Mitsue, son épouse. À l’époque, le programme des films japonais à l’affiche changeait tous les trois jours. Il fallait donc réaliser la nouvelle enseigne dans la nuit avant la sortie. Puis je chargeais les enseignes sur le camion, et dans la nuit, nous faisions tous les deux la tournée de toutes les salles pour mettre les enseignes en place. Parce que le travail ne s’arrêtait pas à juste peindre les enseignes, il fallait les installer et les retirer, aussi. »
« Même si je peignais tous les jours, en réalité il n’y en avait pas plus d’une ou deux par an qui me satisfaisaient vraiment. Combien de fois ai-je dû recommencer une enseigne à zéro parce qu’elle ne me plaisait pas quand je la terminais ! Mais je n’ai jamais dépassé la date limite. »
Plus tard, il est devenu possible d’utiliser un projecteur comme support du dessin, ce qui a grandement facilité le travail, mais pas dans le cas d’une affiche extra-large.





