Loin de la maltraitance, un amour fou
Il est juste de dire que le bonsaï est un art vert construit sur la base d’une esthétique originale, mais lorsque cette esthétique est incomprise, elle devient source de malentendus. Prenons pour exemple le point de vue selon lequel le bonsaï est un produit de l’égo de l’homme. Même dans Smaller is better—miniaturisation et productivité japonaises, on relève la phrase suivante : « Le bonsaï est une maltraitance, c’est la Nature aux pieds bandés. » Mais est-ce vraiment le cas ?
Yamamoto Junsan reconnaît « comprendre en partie ce point de vue, mais… Pour les amoureux de bonsaï, c’est assurément une remarque totalement hors de propos. Parce qu’ils aiment éperdument les arbres auxquels ils prodiguent leurs soins. »
« C’est un peu comme entraîner un sportif de talent », ajoute-t-il. « Quand on fait pousser des bonsaï à partir des graines(*7), sur mille jeunes pousses, seules une ou deux donneront un bonsaï vraiment magnifique. Lorsque vous découvrez un arbre doté des qualités nécessaires, vous vous y consacrez corps et âme afin d’en faire le bonsaï idéal. Les ciseaux et le fil de fer sont les outils qui permettent, sans saper la force vitale de l’arbre, de s’approcher de cette forme rêvée. On ne consacre pas toute cette énergie à un arbre dénué de talent. Les grands bonsaï sont aussi ceux qui savent répondre aux attentes d’un coach sévère. Faute de saisir cette dimension, on ne voit peut-être là que brimades, mais en réalité, on se ruine pour cet arbre qui occupe toutes nos pensées, de jour comme de nuit. »
Les bonsaï ont la cote
A l’étranger aussi, les bonsaï trouvent un public de plus en plus large. En 2011, les exportations de bonsaï et d’arbres d’ornement atteignaient 6,7 milliards de yens, un record. Elles ont décuplé en dix ans et visent principalement la Chine, l’Italie, les Pays-Bas, le Vietnam et les Etats-Unis. En Asie, le bonsaï est le symbole d’un certain statut social, tandis que dans les pays occidentaux, il est plutôt considéré comme un élément de décoration intérieure. L’Italie en particulier se passionne pour les bonsaï, et il existe même des écoles, des musées et des magazines spécialisés. Quels paysages intérieurs guident les aficionados étrangers qui s’adonnent à la culture du bonsaï ?
Photographies et collaboration à la rédaction : Yamamoto Junsan
(*1) ^ Les catégories de bonsaï dépendent de leurs dimensions. En fonction de la taille de l’arbre depuis le rebord du pot jusqu’à sa cime, on distingue les grands bonsaï (plus de 60 cm), les moyens (de 25 à 60 cm) et les petits (moins de 25 cm). Cette dernière catégorie est parfois divisée en mini bonsaï (moins de 10 cm) et bonsaï nains (moins de 7 cm). Les photographies qui illustrent cet article sont celles de petits bonsaï, qui remportent aujourd’hui le plus de succès.
(*2) ^ Bonsaïs dont le feuillage résiste toute l’année : pins, cryptomérias, genévriers de Chine, cyprès du Japon, etc.
(*3) ^ On distingue les bonsaï feuillus comme l’érable ou le zelkova du Japon, qui permettent d’apprécier le passage des saisons (bourgeons, feuilles vertes, feuillage d’automne, arbre nu), les bonsaï à fleurs comme le prunier ou le camélia et les bonsaï à fruits comme le buisson ardent.
(*4) ^ La taille (sentei) des branches et du tronc s’effectue avec des ciseaux. Les branches et les bourgeons restants sont cultivés pour donner de nouvelles ramifications. La répétition des opérations de taille permet de structurer le bonsaï.
(*5) ^ Le fil de fer (en cuivre ou en aluminium) permet d’immobiliser les branches pour obtenir un bonsaï à la forme idéale. On l’enroule en spirale autour des branches, depuis la base vers l’extrémité. Il faut éviter de serrer trop fort, ce qui risquerait d’abîmer la branche, en ménageant un petit espace entre l’arbre et le fil de fer. Le fil reste en place durant plusieurs mois, jusqu’à obtention de la forme souhaitée.
(*6) ^ Essai sur la culture japonaise de l’auteur sud-coréen Lee O-Young (1934-), rédigé en japonais en 1982. Ce best-seller a reçu le Grand prix de la Japan Foundation.
(*7) ^ Les bonsaï obtenus par greffage et bouturage permettent de perpétuer les caractéristiques de la plante d’origine, tandis que la culture depuis le semis demande beaucoup de temps et d’efforts.


