Une panoplie de merveilleux outils

Tous les matériaux et outils qu’il utilise, Soanes se les procure au Japon, soit en se les faisant expédier, soit en les achetant lui-même lors des visites occasionnelles qu’il effectue dans le pays. Son atelier (de la taille d’une petite chambre) contient toute une panoplie de merveilleux outils : ciseaux, marteaux, petits tubes de bambou pour saupoudrer la poussière d’or destinée à la réalisation du makie et brosses pour appliquer la laque urushi.

Laque urushi utilisée dans la restauration des armures de samouraï. (© Tony McNicol)

« Les poils des brosses sont censés provenir des cheveux de plongeuses pêcheuses d’huîtres perlières », me dit Soanes. « On dit que le sel renforce les cheveux. »

Soanes est maintenant au milieu de la quarantaine et sa passion pour la culture japonaise remonte à son enfance, quand il apprenait le judo. Pour qui travaille sur des armures et des sabres séculaires, il est essentiel de connaître en profondeur l’histoire du Japon, car la restauration doit être fidèle à l’original, non seulement au niveau des techniques et des matériaux, mais aussi des styles et des motifs propres aux différentes périodes.

La plupart des armures sur lesquelles travaille Soanes sont de l’époque d’Edo. À la fin de cette période relativement paisible, l’aspect fonctionnel des armures et des armes japonaises s’était estompé et elles étaient devenues un patrimoine de plus en plus prisé pour sa haute valeur décorative. « La possession d’une belle armure équivalait à celle d’un avion Learjet aujourd’hui », nous explique Soanes. « C’était un symbole de statut social. »

Au cours du processus de transmission de père en fils, les armures avaient en règle générale fait l’objet de réparations. Même si elles n’avaient jamais été utilisées au combat, le cuir et la soie du laçage servant à l’assemblage de l’armure s’étaient détériorés avec le temps. Si bien qu’une tâche typique des armuriers consistait (et consiste encore) à enlever l’ancien laçage pour le remplacer par un nouveau.

Une quête obsessionnelle de l’authenticité

Petites écailles d’armure en cuir kozane. (© Tony McNicol)

Soanes a sa propre ascendance martiale. Sur un appui de fenêtre de son séjour est posée une photographie de son grand-père en uniforme de commandant des Coldstream Guards. Son ascendance militaire et son penchant pour l’art ont contribué, dit-il, à l’orienter vers la carrière qui est aujourd’hui la sienne.

La carrière en question se distingue par une quête de l’authenticité et une attention au détail quasi obsessionnelles. L’armure sur laquelle il a travaillé avec son professeur, par exemple, comportait plus de 3 000 petites écailles en cuir brut appelées kozane, dont chacune a dû recevoir dix couches successives de laque.

L’obligation d’avoir recours à des matériaux et des méthodes aussi proches que possibles de ceux qu’employaient les anciens artisans, quel qu’en soit le coût en termes d’argent comme de temps, constitue un véritable défi pour le restaurateur.

« Je me dis souvent que, s’il existe une manière difficile de faire les choses, les Japonais la trouveront et y auront recours », déclare Soanes. Mais le sourire qui accompagne ses propos me laisse à penser qu’il n’est pas en train de se plaindre.

« On fait ça par passion », ajoute-t-il. « On fait ça pour la postérité. »

Soanes tenant entre ses mains un masque menpo. (© Tony McNicol)

(Photo de titre : Robert Soanes en train de travailler sur un hachimanza, une pièce métallique placée au sommet des kabuto. © Tony McNicol)