Des œuvres éphémères, qui retournent à la mer
Yamamoto s’accroupit sur le sol ou plie les genoux, et passe de 7 à 8 heures, voire 14 heures par jour, à dessiner. Il reste ainsi toute la journée, sauf lorsqu’il se lève pour regarder l’ensemble de l’œuvre. Et le travail se poursuit pendant plusieurs jours, parfois plusieurs semaines…
« Lorsque je dessine mes lignes, je laisse ma main et mon corps se déplacer naturellement. » déclare Yamamoto. Mais en plein travail, « À vrai dire, c’est dur !» admet-il avec un rire forcé. Pour ne pas se déconcentrer durant la création, il fait très attention à ses forces physiques. Il commence la journée par un rituel qui n’a rien à envier à celui des athlètes : étirements, musculation, bandage des hanches et des genoux, et massages. Parfois, il doit avoir recours aux antalgiques pour pouvoir continuer son travail.
Les œuvres de Yamamoto, de par la nature même du sel, se modifient facilement et ne résistent pas au temps. « Il y a souvent des imprévus sur les sites des expositions, et j’ai dû souvent tout refaire. » raconte-t-il en souriant.
En France, un chien est entré au beau milieu de l’oeuvre et une vieille dame a marché dessus en s’aidant de sa canne. En Allemagne, le conservateur du musée a laissé tomber un tournevis sur l’œuvre terminée. Au Japon, c’est l’humidité qui a détruit sa création lors du festival d’art organisé sur une île de la mer intérieure de Seto.
Yamamoto voit tous ces contretemps de manière positive et les considère comme des expériences lui permettant de toujours progresser. Pour sa dernière œuvre Ruri no ryû, « Le dragon de lapis-lazuli », il a entouré le site d’une bâche en plastique pour éviter l’humidité et il laisse tourner les déshumidificateurs en permanence.
L’artiste nous dit apprécier le moment où il prend son installation en photo une fois qu’elle est terminée. C’est bien sûr pour conserver sa création qui va très prochainement disparaître, mais c’est aussi « un moment de bonheur où je fais face à mon œuvre. »
Pour les quantités de sel qui lui sont nécessaires, cela va de plusieurs dizaines de kilos pour les plus petites pièces, jusqu’à 11 tonnes pour les plus grandes.
L’exposition terminée, Yamamoto récupère le sel et le remet à la mer. Il le fit la première fois en 2006, en retournant son précieux matériau dans l’océan Atlantique après une exposition en Caroline du Nord aux États-Unis. Informé par un article de journal relatant l’action de l’artiste, un Américain envoie alors un mail à Yamamoto en lui disant qu’il avait été très ému. Le jeune homme venait juste de perdre son père.


