Un souci du détail hérité de la tradition
Le Kabukiza cinquième du nom a été conçu par l’architecte Kuma Kengo en collaboration avec Mitsubishi Jisho Sekkei Inc. « Il a été édifié au moment où le Japon a vécu une catastrophe majeure, celle du 11 mars 2011 et, à ce titre, il a joué le rôle de symbole du redressement du pays comme, en leur temps, le Kabukiza III et le Kabukiza IV. J’ai été profondément bouleversé par cette étrange coïncidence », précise Kuma Kengo.
Le « Kabukiza V » a des caractéristiques extérieures et intérieures différentes, à l’instar du « Kabukiza IV », mais il s’inspire aussi du style architectural de l’époque Azuchi-Momoyama, comme le « Kabukiza III ». Quand on regarde la façade qui donne sur la rue Harumi dôri de Ginza, et qu’on voit le pignon « à la chinoise » (kara hafu) en forme d’arc surmontant l’entrée, et les deux toits à pignon (hafu yane) qui l’encadrent, on n’a pas l’impression que le Kabukiza a beaucoup changé. « Il nous a fallu trois fois plus de temps pour faire les plans qu’avec un autre édifice », explique Kuma Kengo. L’architecte a pris grand soin de conserver au Kabukiza son apparence d’origine et accordé beaucoup d’attention aux détails et aux matériaux employés. L’édifice a été conçu pour résister aux catastrophes naturelles, à commencer par les tremblements de terre, et pour durer pendant un siècle.
La toiture a fait l’objet d’une attention toute particulière. Contrairement à celle du « Kabukiza IV », qui était en béton armé, la toiture du « Kabukiza V » est en acier, ce qui ne l’a pas empêché de reproduire les lignes audacieuses et complexes du toit du « Kabukiza IV ». Les chevrons (taruki) — les éléments verticaux qui vont de la panne faitière jusqu’aux extrémités du toit —, sont en aluminium, alors que ceux du « Kabukiza IV » étaient eux aussi en béton. Le recours à ce métal a eu, entre autres avantages, celui d’alléger le poids de la toiture. Les chevrons, dont chacun a une forme légèrement différente, ont été fabriqués par une entreprise de la préfecture de Toyama spécialisée dans le travail du métal depuis l’époque d’Edo (1603-1868). Pour protéger les taruki en aluminium, le fabricant les a enduits avec un revêtement à base de poudre de fluororésine, qui a aussi le mérite de ressembler à du plâtre. Afin d’assurer son étanchéité, le pignon à la chinoise de l’entrée a été recouvert de lamelles de cuivre sur lesquelles ont été posées des tuiles en céramique à la fois élégantes et robustes de la province de Mikawa, dans la préfecture d’Aichi.
Kuma Kengo et ses collaborateurs se sont rendu compte que les avis divergeaient sur l’apparence que devait avoir le « Kabukiza V ». Quand ils ont décidé de lui redonner fidèlement son ancien aspect, ils se sont demandé à quelle période il fallait se référer. Après avoir étudié l’histoire du Kabukiza, Kuma Kengo a essayé de lui donner « une apparence qui soit cohérente avec la transformation continuelle de l’édifice au fil du temps ».
C’est ainsi, explique-t-il, que « pour choisir la couleur de la peinture extérieure, nous avons construit dans l’usine un mur de même taille que ceux du théâtre et posé des tuiles à son sommet. Nous avons ensuite essayé et comparé plusieurs peintures blanches. La couleur des murs extérieurs du « Kabukiza III » était, semble-t-il, un blanc pur. En revanche, le « Kabukiza IV » a été repeint plusieurs fois si bien qu’il a fini par prendre une teinte légèrement foncée. Revenir au blanc pur nous paraissait donc un peu curieux. C’est pourquoi nous avons opté pour un blanc cassé avec un touche de beige et un soupçon de jaune ».
L’éclairage nocturne du « Kabukiza V » a, quant à lui, été conçu pour changer au fil des saisons, et il a été réalisé par deux spécialistes en la matière, Ishii Motoko et sa fille Ishii Lisa-Akari.
Le nouveau théâtre Kabuki de Ginza s’inscrit dans le cadre d’un projet de développement multifonctionnel intitulé « Ginza Kabukiza » qui comprend une tour de bureaux (Kabukiza Tower) revêtue de verre de 143 mètres de haut comportant vingt-huit étages et quatre niveaux en sous-sol. Quand on regarde cette tour située à l’arrière du théâtre proprement dit depuis l’avenue Harumi-dôri, on constate qu’elle s’harmonise parfaitement avec la façade principale du Kabukiza, d’autant que toute la partie visible de l’édifice est recouverte d’une peinture blanche discrète. Du côté de l’avenue Shôwa, en revanche, la Kabukiza Tower a tout à fait l’allure d’un immeuble de bureaux en verre.


