Un entrepreneur doublé d’un producteur de génie

Gazoku sansô, le « chalet » de Kobayashi Ichizô à Ikeda, dans la préfecture d’Ôsaka, a été restauré pour lui rendre son aspect d’origine. Cet édifice de style occidental abrite aujourd’hui un musée consacré au fondateur de la compagnie Takarazuka.

Kobayashi Ichizô était un entrepreneur de génie qui à travers son activité principale, la gestion d’une ligne de chemins de fer, s’est efforcé de réaliser des projets créatifs destinés au grand public. Loin de se contenter de transporter des passagers d’un point à un autre, il a fait construire des logements le long des voies ferrées et organisé le premier système de prêts immobiliers du Japon. Il a par ailleurs ouvert les grands magasins Hankyû dans l’immeuble de la gare d’Umeda, le terminus de la ligne, à Ôsaka. Au dernier étage, il a installé un restaurant où l’on pouvait déguster de la cuisine populaire pour un prix modique, entre autres du riz au curry.

Quand il est devenu directeur général de la compagnie d’électricité de Tokyo (TEPCO),  Kobayashi Ichizô a eu l’idée de construire un hôtel destiné aux hommes d’affaires qui devaient séjourner dans la capitale pour leur travail. C’est ainsi qu’en 1938, le Daiichi Hotel, le premier établissement de ce genre au Japon, a ouvert ses portes dans le quartier de Shinbashi, à Tokyo. Kobayashi Ichizô a par ailleurs été impliqué dans la gestion de l’entreprise de chemins de fer Tôkyû, au moment de sa fondation, et dans le développement du quartier résidentiel très huppé de Denenchôfu.

En fait, le comportement de ce personnage hors du commun relevait davantage de celui d’un producteur de théâtre que de celui d’un homme d’affaires qui se contente de donner des ordres. Kobayashi Ichizô avait d’ailleurs un certain talent littéraire, à preuve les différents romans et les messages publicitaires qu’il a écrits. Quand Minô-Arima Denki Kidô a eu des difficultés, il a rédigé, imprimé et distribué dix milles exemplaires d’un texte où il vantait cette ligne de chemins de fer comme étant « la plus prometteuse » de tout le Japon. Il a encouragé de la même façon la vente de terrains et de maisons neuves.

Le fondateur de Takarazuka avait un sens très développé des relations publiques qui fait de lui un pionnier du marketing et de la publicité. Il a montré l’étendue de son talent en la matière en 1920, quand il a ouvert une ligne de chemins de fer vers Kôbe. Il a en effet eu le culot de faire paraître l’annonce suivante destinée aux passagers de la ligne concurrente (Hanshin) dans un journal local. « Les nouveaux trains express qui vont de Kôbe à Ôsaka sont beaux, rapides et presque vides, et leurs wagons, où la température est fort agréable, donnent sur de superbes panoramas. » Rien d’étonnant à ce que le fondateur de Takarazuka ait écrit plus de dix pièces de théâtre pour sa compagnie !

Kobayashi Ichizô s’est aussi intéressé à la politique. En 1940, il a été le premier civil à diriger le ministère du commerce et de l’industrie japonais, dans le gouvernement de Konoe Fumimaro (1891-1945). Mais il a démissionné moins d’un an plus tard, en raison de divergences avec Kishi Nobusuke (1896-1987) alors vice-ministre du même ministère. En 1945, il a été nommé ministre d’État du gouvernement Shidehara Kijûrô (1872-1951) et président de la Commission pour la reconstruction du Japon, mais il a dû renoncer à ses fonctions à la suite d’une purge des hommes politiques.

Le fondateur de Takarazuka était un homme aux multiples talents, mais d’après Mukôyama Tateo, « ce qui l’intéressait le plus, c’étaient les activités liées à la culture dans la vie de tous les jours. Pour lui, un travail qui n’était pas étroitement lié à la vie quotidienne n’avait aucun sens ».

Mais ce que Kobayashi Ichizô aimait par-dessus tout, c’est Takarazuka, une forme de théâtre à la portée des gens du peuple. Si le prix de certains sièges reste élevé, celui de beaucoup d’autres est très bon marché, « comme dans les stades de base-ball et les salles de sumô », ajoute Mukôyama Tateo. « Les gens peuvent aller au théâtre toute l’année. Il n’est pas nécessaire d’être tout près de la scène pour apprécier un spectacle. C’est une façon agréable de se cultiver. Et je crois que c’est précisément ce que Kobayashi Ichizô entendait par la culture dans la vie quotidienne. »

(D’après un texte en japonais de Nagasawa Takaaki. Photographie du titre = Kobe Shimbun : Le 5 avril 2014, quatre cent soixante « Takarasiennes » et élèves de l’école de musique Takarazuka ont chanté ensemble à l’occasion d’un spectacle organisé au Grand Théâtre Takarazuka pour célébrer le centième anniversaire de la compagnie.)