« Tokusatsu » ou « full CG » ?

Au début des discussions concernant la production de ce nouveau Gozilla, aussi bien Anno Hideaki que Higuchi Shinji semblaient vouloir marcher dans les traces de la tradition du « tokusatsu », mis au point pour le tout premier Godzilla et si fortement liés à son image. Le tokusatsu, ce sont les effets spéciaux « old school », un acteur dans un costume en caoutchouc, les villes construites en modèles réduits, etc. qui sont devenus ensuite un genre cinématographique en soi du cinéma japonais.

Alors, des essais ont été menés, en tokusatsu et dans une forme hybride tokusatsu et animation digitale. Mais en définitive, la décision a été de créer le premier Gozilla japonais en full CG.

Comme l’a déclaré Anno Hideaki : « Je n’étais pas contre un costume, mais je me suis dit qu’il était préférable cette fois tirer parti des éléments non-humains des effets spéciaux digitaux, cela correspondant mieux à notre réflexion sur la vision menée derrière ce film. »

Le réalisateur général a été particulièrement inflexible sur le rendu du regard de Godzilla : « Les yeux de Godzilla n’expriment aucun sentiment, mais une attention maniaque a été portée à la direction de ses regards, en corrigeant tout très finement. Il regarde en bas, il regarde les humains… c’est la seule trace de communication de ce Godzilla. »

De gauche à droite : le réalisateur général Anno Hideaki et ses principaux acteurs, Ishihara Satomi, Hasegawa Hiromi et Takenouchi Yutaka, lors de la conférence de presse à Tokyo, le 19 juillet 2006.

Pas de héros stéréotypé

« Une autre nouveauté radicale de Godzilla : Resurgence, c’est qu’aucun humain n’apparaît comme un héros, au sens classique des films habituels. C’est un point essentiel apporté par le scénario d'Anno Hideaki. En principe, mettre des citoyens normaux au centre de l’action est un principe du cinéma de divertissement. Le plus souvent ce sera un scientifique, un enseignant, ou un journaliste… Or, cette fois, ce sont des fonctionnaires, des bureaucrates, qui mènent l’action. Et ça, c’est nouveau.

Si la gestion du gouvernement lors du séisme du Tôhoku et de l’accident de Fukushima a été critiquée, il y a également eu des interventions et des prises de décision admirables de la part de fonctionnaires de base.

Bien entendu, si la recherche du réalisme est importante pour le film, Godzilla : Resurgence n’en reste pas moins en premier lieu un film de divertissement. Comme l’explique M. Yamauchi :

« Comment les Japonais, aujourd’hui, affrontent les angoisses post-catastrophes qui se trouvent devant eux ? Essayez de faire un film de divertissement sur ce thème, sans Godzilla, vous aurez vraiment du mal ! Godzilla fait partie du patrimoine japonais dans le sens où justement, il symbolise ces angoisses et nous permet de les exprimer, de les montrer sous la forme d’une histoire intéressante. »

Il symbolise le Japon actuel à résoudre un problème immédiat

Les humains s’efforcent de trouver une solution face à un Godzilla « dieu destructeur » d’un réalisme écrasant. Pour Yamauchi Akihiro, « Dans les films précédents de la série, les fins étaient toutes presque pareilles : le monstre est abattu, ou renvoyé à la mer. Mais cette fois-ci, pour la première fois, nous avons une fin suspensive. Cette fin symbolise aussi le Japon d’aujourd’hui qui fait face à de nombreux problèmes et doit commencer par résoudre ceux qui présentent une urgence immédiate. »

Si Godzilla : Resurgence a été pensé en premier lieu pour le public japonais, l’attente du public étranger est extrêmement forte. Ce sont cent pays qui distribueront Godzilla : Resurgence (chiffres de fin juillet 2016). Le précédent record pour un film de la série Godzilla était jusqu’à présent détenu par Godzilla Final Wars avec une distribution dans 67 pays. Comment Godzilla : Resurgence sera-t-il reçu à l’étranger ? Voilà qui sera intéressant à suivre…

(D’après un original en japonais du 28 juillet 2016. Photo de titre : © 2016 TOHO CO., LTD.)
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