Le Ginkgo du temple Bodaiji (Okayama)

Espèce : ginkgo (ginkgo biloba)
Localisation : 1532, Kôen, Nagi-cho, Katsuta-gun, Okayama-ken 708-1307
Circonférence : 11,9 m, hauteur : 30 m (mesurée par l’auteur), âge : 900 ans
Patrimoine naturel du Japon
Taille ★★★★
Vigueur  ★★★★★
Forme  ★★★★
Branchage ★★★★
Majesté  ★★★★★

Je voudrais maintenant vous montrer le visage d’hiver d’un ginkgo géant, après vous avoir présenté le plus grand ginkgo du Chûgoku sous son feuillage d’été.

À 600 mètres d’altitude, sur les flancs du mont Nagi, se trouve le temple Bodaiji. À main droite quand l’on monte vers le pavillon principal, en venant du parking, derrière une rangée de cryptomères, l’œil est attiré par un ginkgo géant qui semble imposer le respect au paysage autour de lui. C’est au Bodaiji que Hônen, le fondateur de l’école bouddhiste de la Terre Pure, étudia et reçut sa formation initiale, à l’âge de 9 ans et jusqu’à 13 ans, et l’histoire veut que ce ginkgo soit l’arbre qui a poussé quand Hônen planta un bâton dans le sol en faisant le vœux pour la réussite de ses études.

Le temple est longtemps resté sans abbé, et quelque peu délaissé. Ce n’est que récemment qu’il a été restauré et qu’ont été aménagé un parking et des toilettes. Des mesures de protection ont été prises pour l’arbre, comme le chemin de rondins qui fait un long détour afin de ne pas blesser ses racines. Il montre les magnifiques racines aériennes typiques des ginkgos mâles très âgés, tombant des branches horizontales et formant ces admirables stalactites jusqu’au sol. À croire que chacune des racines aériennes de l’arbre est douée de volonté.

Les racines aériennes de ce ginkgo sont tellement développées qu’on ne les qualifie pas de « moignons » ou de « seins » comme chez les autres ginkgos, mais de « pilons ». On dit qu’à l’ère Tenmei (1781-1789), les chutes de neige furent si abondantes que les branches plièrent sous le poids de la neige jusqu’au sol. Les branches prirent racine à l’endroit du contact, créant ces nouvelles tiges. Ce qui donne une idée de l’extraordinaire force vitale de ce ginkgo.

Des branches volumineuses, plus épaisses même que le bas du tronc, sont un caractère typique des très gros et très vieux ginkgos, qui leur donnent cette frondaison imposante quand vient l’été, à tel point qu’il est souvent impossible de les embrasser d’un seul regard. Ce n’est qu’en hiver que l’on peut voir la totalité des minces branches comme des aiguilles qui sont apparues à la base du tronc, sans doute pour venir remplacer l’ancien tronc principal qui n’est plus qu’un souvenir. S’il semble solide comme un roc, il se maintient par une lutte perpétuelle.

Bien sûr, il faut le voir à l’automne sous son feuillage d’or. Mais son visage d’hiver est également à voir, quand les feuilles disparues, ce sont alors les racines qui attirent l’œil et intimident le visiteur par leur puissance. Quand l’éclairage, mis en place au cœur de la saison des feuilles jaunes, fait surgir ce géant des ténèbres, je vous garantis une expérience inoubliable.