La face cachée d’un photographe célèbre

Hoshino Michio a eu un énorme succès en tant que photographe. Ses œuvres ont fait l’objet de publications et d’expositions non seulement au Japon mais aussi dans le monde entier. Et elles ont été couronnées par de nombreuses récompenses, y compris le prestigieux prix Kimura Ihei(*2). Hoshio Michio a été également invité à participer à plusieurs projets photographiques réalisés dans des lieux particulièrement isolés, notamment les îles Galapagos. Mais en dépit de sa réussite exceptionnelle, il a toujours réussi à garder un équilibre qui lui a permis de mener une vie harmonieuse avec sa famille, ses amis et dans son travail.

Un grizzly s’aventure dans une chute d’eau pour attraper un saumon en train de remonter le courant.
Un grizzly s’aventure dans une chute d’eau pour attraper un saumon en train de remonter le courant.

L’auteur et photographe américain Lynn Schooler a écrit un ouvrage intitulé The Blue Bear (L’Ours bleu) dans lequel il raconte l’histoire de son amitié avec Hoshino Michio et les aventures qu’ils ont vécu ensemble en pleine nature(*3). L’écrivain et traducteur Karen Colligan-Taylor souligne quant à elle à quel point il était aimable et modeste. « Il se liait facilement avec les gens et ne cherchait jamais à imposer son point de vue. » Cette amie de longue date du photographe japonais le décrit comme quelqu’un d’une sincérité aussi désarmante que celle d’un enfant et d’une ouverture d’esprit qui mettait les gens à l’aise. Un autre charme de la personnalité de Hoshino Michio, c’est qu’il était complètement tête-en-l’air. Ses amis ont d’ailleurs des histoires à revendre à ce sujet. « Il avait un ego si peu développé », précise Lynn Schooler, « qu’il avait du mal à s’affirmer. »

Hoshino Michio avait aussi, entre autres dons, celui de savoir écouter, ce qui lui permettait de se faire des amis partout où il s’aventurait. Il accordait autant d’attention à toutes les personnes qu’il rencontrait et il prenait le temps de s’asseoir et d’écouter patiemment ce que chacun avait à dire. Il a d’ailleurs relaté toutes ces histoires dans ses livres où l’on fait la connaissance non seulement de la faune sauvage et des vastes paysages de l’Alaska mais aussi de pilotes, de chasseurs, de biologistes et d’aventuriers. Hoshino Michio était conscient des problèmes posés par la protection de l’environnement, mais il ne considérait pas pour autant l’homme comme un intrus. Pour lui, l’être humain fait partie intégrante de la nature et c’est pourquoi il a étudié avec autant d’intérêt la culture et la mythologie des populations indigènes de l’Alaska.

L’héritage de Hoshino Michio

Depuis la disparition tragique de Hoshino Michio, c’est son épouse, Naoko, une femme discrète aussi éprise que lui de l’Alaska, qui s’occupe de ses photographies et de ses écrits. L’héritage laissé derrière lui par le photographe japonais a toujours autant de succès au Japon où il est largement mis à contribution, entre autres, dans les manuels scolaires. Hoshino Michio aimait beaucoup les enfants, ce qui l’a amené à créer, en mars 1992, le Aurora Club. Il souhaitait en effet faire découvrir à des jeunes citadins japonais les immensités de l’Alaska et un environnement complètement différent du leur, notamment à travers l’ascension du Glacier Ruth dans le parc national de Denali (ex McKinley). Près de 30 ans plus tard, le club Aurora continue ses activités en partie grâce à de vieux amis du photographe rencontrés du temps où il était à l’université. Itô Hideaki, l’un d’entre eux, pense que le club est resté fidèle à l’esprit de son fondateur qui considérait que la vue de paysages extraordinaires au cours d’expériences de ce type laisse des souvenirs indélébiles qui s’avèrent souvent très précieux dans le cours d’une vie.

Aurore boréale au cours d’une nuit de pleine lune
Aurore boréale au cours d’une nuit de pleine lune

Dans les nombreux textes qu’il a écrits sur ses expériences en pleine nature, Hoshino Michio encourage les gens à vivre en accord avec eux-mêmes, comme il l’a fait lui-même. Il savait fort bien que la plupart des hommes n’ont jamais l’occasion d’assister à la migration des caribous ou de regarder un petit grizzly jouer avec sa mère. Il pensait aussi qu’il n’est pas absolument nécessaire de vivre ce genre d’expérience. Selon lui, il suffit que les gens imaginent un univers composé de forêts primordiales, de glaciers et d’immenses plaines – où le jour et la nuit durent parfois pendant des semaines en fonction des saisons – pour que cela les encourage à rêver.

Hoshino Michio assis sur un tronc d’arbre
Hoshino Michio assis sur un tronc d’arbre

Dans son essai Mô hitotsu no jikan (littéralement « une autre forme de temps »), Hoshino Michio dit ce qui suit(*4). « De toute évidence, une autre forme de temps s’écoule paisiblement, en parallèle à chaque instant de notre vie quotidienne. Avoir conscience ou pas de ce temps enfoui dans un coin obscur de notre cœur fait une différence aussi grande qu’entre le Ciel et la Terre. »

Le voyage entrepris par Hoshino Michio continue à travers les émotions que suscitent ses descriptions d’un Grand Nord situé hors du temps.

Un caribou dans la toundra, au moment de la fonte des neiges
Un caribou dans la toundra, au moment de la fonte des neiges

(Photo du titre : Hoshino Michio en train de guetter l’apparition de caribous, au moment de leur migration. Photographies de Hoshino Michio avec l’aimable autorisation de Hoshino Naoko/Hoshino Michio Office)

(*1) ^ Ernest Thompson Seton (1860-1946) est un précurseur de la défense des droits de la nature et de ses habitants. Il a notamment écrit « Les créatures sauvages n’ont-elles aucun droit ni moral ni légal ? Pourquoi l’homme inflige-t-il une agonie si longue et si affreuse à des créatures amies, sous prétexte qu’elles n’utilisent pas la même langue que lui ? » Il a publié de très nombreux ouvrages dont beaucoup ont été traduits et portés à l’écran, entre autres Lobo le loup et autres animaux de ma connaissance, traduction en français, éditions José Corti, Paris, 2014.

(*2) ^ Kimura Ihei (1901-1974), un des plus grands photographes japonais du XXe siècle.

(*3) ^ The Blue Bear, Ecco, New York, 2002 ; L’Ours bleu, traduction en français, Plon, Paris, 2002

(*4) ^ Mô hitotsu no jikan a été traduit en anglais par Karen Colligan-Taylor dans Hoshino’s Alaska, Chronicle Books, San Francisco, 2007.