Yamamura Kôji s’est fait un nom dans l’animation mondiale avec son chef d’œuvre Atamayama en 2002. Il nous explique l’intérêt et les multiples possibilités expressives des courts métrages, et ce qui les différencie totalement des longs métrages.
Un homme trouve des cerises par terre, les ramasse puis les mange. Il est tellement avare qu’il avale même les noyaux. Peu à peu, un arbre lui pousse sur la tête. Il le coupe mais il repousse à chaque fois. Au printemps, l’arbre est devenu un beau cerisier en fleurs. Une foule de gens viennent alors pique-niquer sur la tête de l’homme auprès du bel arbre. Importuné par cet attroupement qui se permet de faire des choses sur sa tête, l’homme arrache l’arbre, laissant un trou béant sur son crâne, qui se remplit d’eau de pluie à la première averse. À la fin, l’homme fait l’ascension de son propre crâne pour voir, tombe dans l’étang et se noie.
C’est avec ce court métrage surréaliste de 10 minutes adaptée d’une histoire du rakugo que Yamamura Kôji est devenu le premier artiste japonais à remporter le Grand Prix du festival d’Annecy en 2002. Il continue depuis lors à présenter de nouvelles œuvres d’une variété infinie dans le monde entier. En août 2017 sont programmés 9 titres, dont certains entièrement nouveaux, sous le titre « Yamamura Kôji – Migime to hidarime de miru yume (Un rêve à voir avec l’œil droit et l’œil gauche) ».
Le court métrage : le laboratoire du créateur
2017 marque le centenaire de l’apparition du cinéma d’animation au Japon. De nos jours, l’animation japonaise jouit d’une popularité mondiale, avec des auteurs de longs métrages comme Miyazaki Hayao. « L’anime » est même devenu un genre à part, apprécié dans le monde entier. Les courts métrages, en ce qui les concerne, appartiennent à une toute autre catégorie. Yamamura lui-même se déclare l’héritier de l’esprit expérimental des origines du dessin animé, il y a 100 ans.
« Le court métrage est un peu le laboratoire du créateur. Il peut utiliser toutes sortes de matières et de techniques, l’aquarelle, le pastel, l’encre, l’argile, le verre, le sable, etc. pour se surprendre, créer des images en faisant bouger les matières les plus étonnantes. Ainsi, un seul auteur peut réaliser quelque chose de totalement différent dans chacun de ses films en variant les matériaux. C’est cela qui est passionnant dans le court métrage d’animation. »
La voie royale pour un auteur de films d’animation
Encore écolier du primaire, Yamamura se demandait comment les images des dessins animés qu’il regardait à la télé pouvaient bouger. Il avait alors commencé à étudier le processus.
« Quand j’ai découvert que le principe de l’animation consistait à faire se succéder une multitude d’images fixes et créer ainsi l’illusion du mouvement, j’ai commencé à faire des expériences, même au collège puis au lycée, apprenant de mes erreurs, en fabriquant des films en super-8, image par image. L’émotion que j’ai ressentie la première fois que j’ai enfin visionné le film, quand j’ai vu bouger ce qui jusque-là n’était que des images fixes, je ne l’oublierai jamais. Et c’est encore cet émerveillement qui me sert d’énergie pour créer mes courts métrages aujourd’hui. »
À l’Université Zôkei de Tokyo, il a essentiellement étudié la peinture figurative à l’huile. Cependant, il a pris conscience à ce moment-là de ce qui l’intéressait réellement.
« Plus j’étudiais la peinture, plus c’était le processus par lequel l’image se transforme que je trouvais intéressant. Et pour exprimer la colère, la joie, la peur, ou le désir, une seule image ne suffit pas. J’ai compris que l’animation était le moyen d’expression qui correspond le mieux. »
Il est à cette époque fortement influencé par les courts métrages produits au Canada ou en Russie, en particulier par l’œuvre de Yuri Norstein. Il se fixe alors une ambition artistique rigoureuse : « J’aimerais réaliser des dessins animés qui plaisent aux adultes, dans le même esprit qu’une peinture. »
Une motivation supplémentaire lui viendra également de sa visite au premier festival d’Hiroshima en 1985.
« J’y ai vu une rétrospective Ishu Patel, le réalisateur indien qui vit au Canada. Bien que chacune de ses œuvres porte sur un thème différent, avec une technique d’animation différente, la cohérence de l’esthétique sous-jacente m’a fortement impressionné. »
Pour son travail de fin d’études, Yamamura a réalisé un court métrage en pâte à modeler intitulé Aquatic. À la sortie de l’école, il travaille pendant deux ans pour une boîte de production artistique, puis devient indépendant.






