Priorité à l’intérêt général
Shibusawa est né le 13 février 1840 ; il était le fils aîné d’une riche famille du village de Chiaraijima, qui fait maintenant partie de Fukaya, dans la préfecture de Saitama. Il s’est familiarisé très tôt avec le monde des affaires à travers l’aide qu’il apportait à la production et au commerce familial d’indigo. À l’âge de sept ans, il s’est lancé dans l’étude de l’histoire et des classiques chinois sous la houlette de son cousin Odaka Junchû, qui allait par la suite prendre la direction de la Filature de soie de Tomioka, une usine pionnière dont Shibusawa a contribué à sa création. Âgé d’une vingtaine d’années, il fit un voyage à Edo, aujourd’hui Tokyo, entre deux saisons agricoles, et suivit l’enseignement de diverses écoles, dont celle du grand érudit confucianiste Kaiho Gyoson, et le Genbukan, une influente académie d’escrime dirigée par Chiba Michisaburô.
Dans sa jeunesse, Shibusawa a été fortement marqué par les principes xénophobes incarnés par le slogan sonnô jôi (révérer l’empereur, expulser les barbares) et, via Odaka, il était en lien avec des groupes extrémistes qui conspiraient en vue de prendre le château de Takasaki et de brûler Yokohama. Bien qu’aucun de ces projets n’ait été mis à exécution, Shibusawa, inquiet pour sa sécurité, s’enfuit à Kyoto. Alors qu’il se trouvait dans l’ancienne capitale, il entra, par le biais d’un lien familial, au service de Hitotsubashi (Tokugawa) Yoshinobu (1837-1913), qui allait devenir l’ultime dirigeant du shogunat Tokugawa. C’est alors qu’il occupait cette position que Shibusawa commença à se forger sa réputation de penseur économique avisé.
En 1867, Shibusawa voyagea en Europe en tant que membre de la délégation shogunale menée par Tokugawa Akitake, le frère cadet de Yoshinobu, à la Foire internationale de Paris. Plutôt que de rentrer au Japon immédiatement après l’exposition, il passa un an et demi à parcourir le continent européen, et eut ainsi l’occasion d’observer directement les systèmes sociaux et économiques de plusieurs grandes puissances occidentales.
À son retour, Shibusawa, qui était toujours au service du shogun, suivit le clan Tokugawa lors de son transfert au domaine de Shizuoka au début de l’ère Meiji (1868-1912). Mettant à profit ce qu’il avait appris pendant ses voyages outre-mer, il fonda Shôhô Kaisho, l’une des premières sociétés par actions du Japon. Son sens des affaires attira très vite l’attention du gouvernement, qui lui demanda de rejoindre le ministère des Finances. Il occupa par la suite d’autres postes haut placés de la fonction publique, où il contribua à jeter les bases juridiques et administratives du modèle d’entreprise et du système financier du Japon moderne.
Shibusawa quitta la fonction publique en 1873, pour investir son énergie et son savoir-faire professionnel dans les entreprises du secteur privé. Au cours de sa vie, il a fondé quelque 500 sociétés et participé à leur gestion, en grande partie dans le secteur financier. L’un de ses legs les plus durables est la fondation de la Première banque nationale, précurseur du géant financier qu’est la Banque Mizuho.
Entrepreneur accompli, Shibusawa était par ailleurs convaincu que l’éthique et le commerce étaient inséparables, et ses contributions à l’amélioration du bien-être social sont incommensurables. Il s’est impliqué dans quelque 600 organisations et activités charitables, avec un intérêt tout particulier pour l’éducation et l’aide sociale, et jusqu’à sa mort, survenue en 1931 à l’âge de 91 ans, il est resté un inébranlable philanthrope.






