Un endroit idéal pour vivre en famille
La naissance de la fille du couple, Koharu, en 2014, a fait pencher la balance en faveur du déménagement à Sado. En tant que parents employés, les Nakatsuka ont été confrontés à la dure réalité de la pénurie de crèches à Tokyo. « C’est une lutte immense pour obtenir une place dans un établissement », se lamente Shûko, ajoutant qu’il leur était indispensable de trouver une crèche pour pouvoir maintenir leur train de vie. Par rapport à la concurrence intense dans la ville, les crèches de Sado avaient quant à elles de nombreuses places.
Peu de temps après l’arrivée de Koharu, Yûki a laissé sa femme et sa petite fille à Tokyo et s’est rendu à Sado pour aider aux travaux de rénovation de la maison. Alors qu’il était occupé à plâtrer et à peindre les murs, un habitant du quartier l’a approché pour lui proposer un emploi avec la compagnie de transport locale Niigata Kôtsû Sado. Yûki a sauté sur l’offre sans même attendre que la maison soit entièrement rénovée.
La tournure soudaine des événements a suscité des inquiétudes parmi ses collègues, sa famille et ses amis, qui ont remis en question le bien-fondé de la décision de la jeune famille de quitter la ville. Les parents de Yûki, habitant à Saitama près de Tokyo, ont exigé de savoir pourquoi ce dernier se lançait dans une entreprise aussi risquée, mais leurs points de vue étaient différents. Yûki avait déjà commencé à réfléchir à un déménagement à la campagne alors qu’il travaillait dans une agence de recrutement, en voyant les retombées de la crise financière de 2008. À son avis, Sado était une option plus sûre pour son avenir et celui des siens.
Bien que l’île compte moins de 60 000 habitants, elle fait 1,4 fois la taille des 23 municipalités centrales densément peuplées de Tokyo, et offre un ratio par personne plus élevé de crèches, d’écoles, et d’hôpitaux. Ses terres agricoles abondantes et sa proximité avec la mer fournissent également aux insulaires une richesse d’aliments frais et sains.
Les Nakatsuka font partie du groupe en plein essor des résidents urbains qui partent s’installer à la campagne. Selon le gouvernement de la ville de Sado, l’afflux de nouveaux résidents sur l’île après le séisme de 2011 a doublé pour atteindre 22 personnes l’année suivante. Il a depuis continué de grimper chaque année, atteignant un record de 86 en 2016. Le gouvernement a même mis en place un centre de soutien dédié aux personnes envisageant de déménager à Sado.
Un lieu de rassemblement communautaire
Yûki et Shûko ont ouvert l’auberge minshuku Yosabei en mai 2016. Le couple a une place particulière parmi les nouveaux résidents de Sado, puisque le grand-père de Shûko possédait la propriété et était un ancien chef de village. Cette situation les place dans une position unique pour rassembler les résidents et les personnes extérieures à l’île. En plus de gérer le minshuku, le couple a fait de la maison le centre d’une communauté en pleine croissance. Le bâtiment est ouvert en tant que café les mardis et mercredis et est régulièrement loué pour des événements comme des cérémonies du thé, des performances musicales et des expositions d’art. Ces activités se sont avérées populaires parmi les touristes ainsi que les locaux, qui partagent librement les attractions de leur île natale avec les visiteurs. Les Nakatsuka donnent même des conseils aux personnes qui envisagent de déménager à Sado.
Il n’existe pas d’endroit dans lequel le rythme de vie est plus tranquille qu’à Yosabei. Les clients sont nourris par des repas faits maison avec des ingrédients cultivés localement, souvent choisis dans le jardin du minshuku. Dans la matinée, ils peuvent également apercevoir le couple jouant avec leur fille avant que Yûki ne parte au travail, emmenant Koharu à la garderie sur son chemin. Yûki admet hésiter à rénover un autre kominka, tant la tâche est considérable, mais il déclare que sauver la maison était une entreprise qui en valait bien la peine.
« Déménager à Sado était la meilleure chose à faire pour notre famille », s’exclame-t-il. Shûko est tout à fait d’accord avec son mari, ajoutant avoir hâte que Yosabei rapproche les insulaires et les visiteurs. Souriante, elle déclare : « Je souhaite sincèrement partager ce que nous avons à Sado avec le reste du monde. »
(Texte et reportage de Kawakatsu Miki. Photos : Nakagawa Kôsuke. Photo de titre : la famille Nakatsuka accueille des invités devant leur auberge Yosabei)


