Un couple japonais a décidé de quitter la vie tokyoïte pour s’installer dans la campagne de l’île de Sado, dans la mer du Japon. Vivant dans une maison japonaise traditionnelle qu’ils ont transformée en chambre d’hôtes, la jeune famille aide les visiteurs à se familiariser avec la culture distincte, la nature luxuriante et la communauté accueillante du lieu.

Quitter Tokyo

Nakatsuka Yûki et son épouse Shûko venaient de commencer leur nouvelle vie de jeunes mariés à Tokyo, où ils s’étaient rencontrés alors qu’ils étudiaient à l’Université Hôsei, lorsque les événements du Grand tremblement de terre de l’Est du Japon de mars 2011 modifient en profondeur leur vision de la vie urbaine. Les trains arrêtés – il leur a fallu cinq heures pour marcher de leurs bureaux à leur domicile dans le quartier de Shinjuku – et les pannes de courant ont exposé la vulnérabilité de la capitale aux catastrophes, ce qui a amené le couple à réfléchir à un mode de vie plus autonome.

Ils ont finalement choisi de quitter la métropole et de s’installer sur la côte ouest, sur une île de la mer du Japon appelée Sado, dans la préfecture de Niigata. Ils vivent maintenant entourés par les forêts et les champs dans une maison vieille de 200 ans qu’ils ont transformée en un café et une auberge minshuku (chambre d’hôtes japonaise).

La maison, vieille de 200 ans, est devenue l'auberge traditionnelle Yosabei en mai 2016. Un ancien entrepôt situé à côté de la structure principale souligne l'histoire de ce lieu.
La maison, vieille de 200 ans, est devenue l’auberge traditionnelle Yosabei en mai 2016. Un ancien entrepôt situé à côté de la structure principale souligne l’histoire de ce lieu.

Le couple déclare que la catastrophe a été une véritable révélation. « Nous avons été choqués par la rapidité avec laquelle la ville s’est arrêtée brutalement », explique Yûki. Leurs inquiétudes concernant les pénuries d’articles de base dues à l’effondrement des réseaux de transport ont été exacerbées par l’effondrement de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. « Nous étions particulièrement inquiets pour la sécurité de nos aliments », déclare Shûko, qui dit avoir pris la précaution d’utiliser de l’eau en bouteille pour cuisiner.

À la même époque, des discussions sur les plans de démolition de la maison des grands-parents de Shûko à Sado ont affecté le jeune couple. Shûko, originaire de Niigata, avait souvent visité la résidence, une kominka (maison traditionnelle japonaise) construite au début des années 1800, dans son enfance. Mais l’ancien bâtiment était resté vide depuis 2001, devenant délabré par négligence. Souhaitant empêcher la démolition de cette structure historique, le couple a décidé de superviser sa rénovation.

Un expert allemand à la rescousse

La découverte des travaux de rénovation de Karl Bengs a été un des facteurs importants ayant amené le couple à cette décision. Lors de ses recherches sur les kominka dans une bibliothèque, Yûki est tombé sur un livre présentant ce designer architectural d’origine allemande, résident de longue date du Japon et expert en rénovation de maisons traditionnelles japonaises. Sur un coup de tête, il décide de rendre visite à Bengs dans son bureau de Tôkamachi à Niigata. Bien que les Nakatsuka n’aient pu offrir qu’un petit budget pour mener à bien leur projet, leur sincérité a poussé Bengs à accepter de restaurer la maison. Fidèle à son credo de préserver et d’utiliser les matériaux de construction d’origine, il a utilisé les bois anciens de la structure comme des éléments décoratifs dans un espace en forme d’atrium qui s’étend du premier étage jusqu’au toit incliné de la maison. (Voir notre article : Karl Bengs, l’architecte allemand qui redonne vie à l’habitat traditionnel japonais)

Les piliers et les poutres de l'ancienne structure ont été mis en valeur au sein du nouvel design ouvert de la maison.
Les piliers et les poutres de l’ancienne structure ont été mis en valeur au sein du nouvel design ouvert de la maison.

« Au cours de la rénovation, nous avons appris que les poutres du plafond sont fabriquées à partir de châtaignier, de pin et de cèdre sugi cultivés localement, ainsi que d’un arbre originaire de Sado appelé atebi », explique Shûko avec un soupçon de fierté. La découverte de l’histoire du bâtiment a encore renforcé le désir du couple de s’installer sur l’île. 

Les Nakatsuka ont choisi une couleur orange tamisée pour l'extérieur de la maison — la même couleur que le bureau de Bengs sur le continent.
Les Nakatsuka ont choisi une couleur orange tamisée pour l’extérieur de la maison – la même couleur que le bureau de Bengs sur le continent.