L’architecte allemand Karl Bengs a sauvé plusieurs vieilles maisons menacées de disparition dans des villages dépeuplés de l’Archipel. Il s’est ainsi affirmé comme l’un des plus ardents défenseurs de l’habitat traditionnel japonais. Nippon.com lui a rendu visite chez lui, à Taketokoro, un district rural de la préfecture de Niigata, au nord-ouest du Japon.

Un petit coin de paradis

Karl Bengs a installé son bureau dans une petite agglomération rurale de la préfecture de Niigata. Pour s’y rendre depuis Tokyo, il faut d’abord prendre le shinkansen jusqu’à la gare d’Echigo-Yuzawa, puis une ligne secondaire (Hoku-hokusen) pendant une quarantaine de minutes. On descend à la petite gare de Matsudai, un simple point d’arrêt, sans aucun personnel. Le bureau de Karl Bengs and Associates Ltd se trouve à dix minutes à pied, en suivant une paisible rue commerçante. Il occupe le premier étage d’un ryokan, une ancienne auberge traditionnelle.

Karl Bengs devant l’ancienne auberge de Matsudai qu’il a entièrement restaurée avant d’y installer son bureau, au premier étage. Le rez-de-chaussée est occupé par un café et un restaurant appelé « Shibui ».

La maison où habite Karl Bengs est située à quelque 20 minutes de là en voiture, sur une route de montagne. « Voici l’entrée de Taketokoro » s’exclame-t-il en pointant du doigt le plan placé au bord de la route qu’il a lui-même dessiné. Taketokoro est un petit hameau où l’on n’aurait normalement jamais l’idée de s’arrêter. Mais si l’on prend le temps d’y regarder de plus près, on s’aperçoit que l’endroit est parsemé de maisons de bois vivement colorées que Karl Bengs a restaurées. Celle où il vit est une superbe chaumière nichée sur une colline boisée.

La maison de Karl Bengs, dans le hameau de Taketokoro (préfecture de Niigata). On se croirait dans un paysage de rêve.

Les kominka, des joyaux enfermés dans leur gangue

Les kominka désignent des anciennes maisons traditionnelles en bois, et souvent en toit de chaume. « Ce sont des joyaux enfermés dans leur gangue », affirme Karl Bengs. « Il suffit de les polir pour qu’ils brillent de tous leurs feux. » Et il a tout à fait raison. Sa maison est lumineuse, ce qui ne devait certainement pas être le cas il y a 24 ans, quand elle a échappé de peu à la démolition. Aujourd’hui, les murs sont recouverts d’un enduit rose pâle et les fenêtres, équipées d’un double-vitrage isolant de fabrication allemande. Et lorsque l’on ouvre la lourde porte d’entrée, on découvre un vaste espace de vie structuré par une magnifique charpente composée entre autres de gros piliers et de solives en bois massif.

La charpente, conçue pour résister aux fortes chutes de neige caractéristiques de la région, a d’abord été démontée puis remontée telle qu’elle était à l’origine. Au lieu de dissimuler l’ossature en bois derrière des murs et des plafonds, Karl Bengs a préféré la laisser apparente. L’intérieur de la maison est aménagé avec du mobilier ancien originaire aussi bien du Japon que d’autres pays.

Les piliers (hashira) et les solives (hari) de l’ancienne auberge où Karl Bengs a installé son bureau ont été conservés en l’état. Mais les murs ont été isolés et peints en rose pâle.

« Autrefois au Japon, on construisait des maisons appelées à durer plusieurs générations », explique Karl Bengs. « Je pense que les techniques des maîtres charpentiers de ce pays sont les meilleures du monde. Démolir les kominka, c’est un véritable gâchis ! Le problème, c’est que les gens d’aujourd’hui ne voudraient sans doute pas y vivre, même une fois qu’elles ont été restaurées. Mais d’un autre côté, les édifices construits uniquement avec des matériaux modernes ne sont pas très sains. Ce qu’il faut, c’est trouver un équilibre entre la nature et la science, entre l’écologie et la technologie. Un mélange de ce qu’il y a de mieux au Japon et en Occident », précise l’architecte.

Les comptoirs de cuisine de la maison ont été importés d’Allemagne, de même que l’évier, légèrement plus haut que ceux du Japon. Cristina, épouse de Karl Bengs et ancienne hôtesse de l’air de Lufthansa, avoue avoir été conquise par la qualité de ce type d’habitat. « Je n’imaginais pas que dormir sous un toit de chaume pouvait être à ce point reposant. »

Cristina et Karl Bengs devant leur chaumière de Taketokoro. Mme Bengs est une fervente adepte du jardinage. Au premier plan à gauche, des hortensias (ajisai), et à droite, des corètes du Japon (yamabuki).