Des initiatives remarquables saluées par le gouvernement

Karl Bengs a redonné vie à huit vieilles maisons de la communauté rurale de Taketokoro. Il a bien souvent entrepris de les remettre en état avant même qu’elles n’aient trouvé un acquéreur. « J’étais persuadé, dit-il, que les gens seraient séduits par ce village, tout comme moi. » Et c’est ce qui s’est passé. Les bâtisses restaurées ont été achetées y compris par des habitants de grandes villes qui se sont installés sur place. Aujourd’hui, Taketokoro attire de nombreux visiteurs venus de tout le pays admirer les kominka rénovées.

« Avant l’arrivée de M. Bengs, personne ne pensait que les vieilles maisons pouvaient avoir la moindre valeur », raconte Igarashi Tomio né à Taketokoro où il a passé son enfance. Après avoir exercé la fonction de chef de la communauté villageoise jusqu’en 2016, il consacre à présent ses week-ends à la « Maison jaune » (Yellow House), la seconde bâtisse du village restaurée par Karl Bengs après la sienne, qui fait office de café en fin de semaine. Il se charge entre autres d’expliquer aux visiteurs la « philosophie » de l’architecte allemand.

« M. Bengs a le plus grand respect pour tout ce qui est ancien. C’est ainsi que lorsqu’il a rénové la « Maison jaune », il n’a pas comblé le puits de huit mètres de profondeur qu’elle abrite. Bien au contraire. Il est descendu jusqu’au fond pour le nettoyer, après quoi il a fermé l’ouverture avec un couvercle de verre et installé un éclairage permettant d’apercevoir l’eau toute bleue depuis le plancher de la maison. »

Igarashi Tomio pense que les habitants de Taketokoro doivent faire encore plus pour revitaliser leur village et s’emploie de son mieux à réaliser le « plan rêvé » d’aménagement prévu de longue date par Karl Bengs. Il a ainsi obtenu une subvention de la Fondation pour l’Habitat et la Vie communautaire afin de restaurer une vieille étable en ruines. Les murs ont été repeints en orange clair et de nouveaux piliers ont été ajoutés dans le style typique de Karl Bengs. Chaque année, avant l’arrivée de l’hiver, Igarashi Tomio recouvre le toit de chaume de la maison de la famille Bengs avec des feuilles de vinyle pour le protéger des fortes chutes de neige. Et il s’investit dans diverses activités communautaires, en particulier l’organisation des fêtes traditionnelles, des excursions et de l’invitation de stagiaires.

Grâce à tous ces efforts, la population de Taketokoro a pratiquement doublé. Le nombre de ses habitants est passé de 19 répartis dans 9 foyers à 34, regroupés dans 11 foyers. À l’heure actuelle, cinq enfants de moins de huit ans vivent à Taketokoro. Et plus de la moitié des résidents ne sont pas originaires du village. En avril 2016, on a construit un nouvel édifice destiné à servir de logement communautaire (voir article « L’habitat partagé au Japon »). Aujourd’hui, il est entièrement occupé par six jeunes participant aux travaux des champs et aux activités liées au développement de la communauté.

Les initiatives pour faire revivre Taketokoro ont été saluées par le gouvernement du Japon. En 2016, il a décerné le grand prix du Premier ministre pour le développement du Japon rural (Furusato zukuri daishô) à Karl et Cristina Bengs pour leur contribution « à la sauvegarde de l’architecture traditionnelle japonaise et au renouveau d’un village dépeuplé ».

La chaumière de Karl et Cristina Bengs vue de l’intérieur. À gauche : les éléments importés d’Allemagne, comme les fenêtres à double vitrage et la table de salle à manger s’intègrent parfaitement avec ceux de la vieille maison traditionnelle japonaise. Au centre : la niche décorative (tokonoma). À droite : la rampe de l’escalier constituée par une rambarde de fenêtre achetée dans une boutique d’antiquités.