Hachiman, le dieu le plus vénéré du Japon

Parmi les 80 000 sanctuaires shintô qui existent au Japon, le dieu vénéré le plus souvent est Hachiman. Si l’on compte les petits hokora (sanctuaire shintô miniature dans un plus grand sanctuaire ou au bord du chemin) et les petits sanctuaires chez des particuliers ou dans les entreprises consacrées à Inari, le dieu des récoltes, celui-ci en a davantage. Mais si l’on ne prend en compte que les dieux priés dans les sanctuaires, c’est Hachiman qui l’emporte.

Hachiman une divinité mystérieuse. Son nom n’apparaît ni dans le Kojiki ni dans le Nihon Shoki (Chronique du Japon). C’était à l’origine un dieu vénéré à Usa dans l’actuelle préfecture d'Ōita, sur l’île de Kyûshû. Par la suite, il a été dit que c’était Ôjin, le quinzième empereur. C’est la raison pour laquelle Hachiman est considéré au même titre qu’Amaterasu comme la divinité ancestrale d’un empereur.

La construction du Grand Bouddha du temple Tôdai-ji (au VIIIe siècle à Nara) a permis à Hachiman de prendre de l’importance à la cour. Pendant l’époque de Nara (710-794), ce dieu a, dit-on, envoyé un message divin dans lequel il exprimait son intention de collaborer à l’édification du Grand Bouddha. La foi en cette divinité a ensuite progressé dans la capitale parce qu’un autre de ses messages divins lors d’un conflit autour de la famille impériale allait dans le sens de protéger la lignée de l’empereur. Enfin, la cour a décerné le titre de boddhisattva à la divinité Hachiman.

Ainsi, au moment où le Japon se dirigeait vers le syncrétisme des kami et bouddhas, Hachiman est devenu un kami protégeant le bouddhisme.

Le sanctuaire Iwashimizu Hachiman de Kyoto (Pixta)
Le sanctuaire Iwashimizu Hachiman de Kyoto (Pixta)

Hachiman a ensuite été vénéré au sud de Heian-kyô, c’est-à-dire Kyoto, à un endroit qui est à l’origine du sanctuaire Iwashimizu Hachiman d’aujourd’hui. Minamoto no Yoshiie, l’ancêtre de Minamoto no Yoritomo qui créera le shogunat de Kamakura (1185-1333), se présentait comme Hachiman Tarô Yoshiie puisque c’est dans ce sanctuaire qu’il avait accompli le rite genpuku qui marquait l’entrée dans la vie adulte des nobles. Yoshiie a toujours vénéré Hachiman qu’il considérait comme sa divinité tutélaire. Le sanctuaire de Tsuruoka Hachiman à Kamakura est aussi connu comme un sanctuaire associé à Yoshiie et aux origines de Yoritomo.

Minamoto no Yoritomo ayant instauré la suprématie de la caste guerrière, de nombreux samouraïs l’ont suivi en priant Hachiman parce que cela les reliait au clan Minamoto, et Hachiman est passé de divinité protectrice du clan à divinité protectrice des samouraïs, vénéré dans tout le pays.

Dieu protecteur des samouraïs, mais aussi des femmes enceintes

Dans de nombreux sanctuaires consacrés à Hachiman, les gens viennent vénérer non seulement ce dieu qui est aussi l’empereur Ôjin, mais aussi sa mère, l’impératrice Jingû, et son père, l’empereur Chûai.

Voici ce que racontent le Kojiki et le Nihon Shoki à propos d’Ôjin et de sa mère Jingû.

L’empereur Chûai organisa avec l’impératrice Jingū une expédition militaire pour frapper des forces ennemies de Kyûshû (sud-ouest), mais il est mort parce qu’il n’a pas cru une annonce divine qui lui ordonnait de se diriger vers la péninsule coréenne. Après son décès, l’impératrice Jingū l’a fait à sa place. Mais elle est partie dans la péninsule sans savoir qu’elle était enceinte, et s’est rendu compte pendant un combat qu’elle était sur le point d’accoucher. Elle a alors interrompu l’accouchement en pressant une pierre contre son ventre et n’a mis au monde l’enfant qu’une fois qu’elle était de retour à Kyûshû.

L’empereur Chûai avait d’autres enfants qui voulaient lui succéder sur le trône. C’est la raison pour laquelle l’impératrice Jingū, soucieuse de permettre à son fils qui venait de naître de succéder à son père, a décidé, au terme d’une longue réflexion, de faire courir le bruit mensonger que cet enfant était mort. Ses rivaux ont alors baissé alors la garde, et elle a réussi à les attaquer et à les éliminer. C’est ainsi que l’empereur Ôjin a pu monter sur le trône, grâce à la force de sa mère.

Voici pourquoi un grand nombre de sanctuaires consacrés à Hachiman sont aussi connus comme des endroits où l’on vient prier pour un accouchement sûr et l’éducation des enfants. L’exemple le plus représentatif est fourni par le sanctuaire Umi-Hachiman, situé dans la préfecture de Fukuoka, qui serait le lieu de naissance de l’empereur Ôjin. Il y a dans l’enceinte de ce sanctuaire une statue de l’impératrice Jingū représentée en tant que mère portant son enfant dans ses bras.

Nous comprenons donc que le dieu Hachiman est prié pour de multiples raisons, puisque dans certains sanctuaires, il n’est vénéré que comme dieu de la guerre.

La statue de l'impératrice Jingû portant son enfant Ôjin, au sanctuaire Umi-Hachiman, à Fukuoka.
La statue de l’impératrice Jingû portant son enfant Ôjin, au sanctuaire Umi-Hachiman, à Fukuoka.

(Photo de titre : © Satô Tadashi)