Ouverture en France, création d’un tourne-disque analogique et consécration à Cannes

Au cours de ses cinq premières années à la tête de Yuki Precision, Ôtsubo Masato est parvenu à diversifier la base de production de l’entreprise, la faisant passer de composants électroniques à pièces pour des équipements aérospatiaux. Mais ce n’est pas tout. Il a également multiplié par 5 le nombre de ses clients et à augmenter les ventes de 10 % en moyenne d’une année sur l’autre. Pour parvenir à tout cela, il lui a fallu 10 ans, 10 ans pour faire repartir l’entreprise sur un pied d’égalité et inverser la tendance.

Forte de son succès, la société Yuki Precision décide de se lancer dans de nouvelles aventures. En 2015, elle ouvre une filiale en France. C’est aussi pour elle l’occasion de collaborer avec un grand nom de l’horlogerie japonaise, en fournissant des pièces de précision pour une gamme de montres mécaniques équipées d’une fonction tourbillon qui améliore la précision des pièces. Dans le domaine de l’audio, c’est avec son tourne-disque analogique que Yuki Precision se distingue.

La montre Pura équipée de la fonction tourbillon de l’horloger Asaoka Hajime. (©Yuki Precision).
La montre Pura équipée de la fonction tourbillon de l’horloger Asaoka Hajime. (©Yuki Precision).
Le tourne-disque analogique AP-0 de Yukiseimitsu Audio (©Yuki Precision)
Le tourne-disque analogique AP-0 de Yukiseimitsu Audio (©Yuki Precision)

Ôtsubo Masato est un touche à tout ; dans le domaine artistique, il a collaboré avec le DJ et artiste Tokui Nao pour Industrial JP, un projet audiovisuel combinant de la musique, des images et des sons provenant de machikôba, de petites usines en zone urbaine comme celles qu’exploite Yuki Precision. En 2017, cette œuvre permet à Industrial JP de remporter le bronze au Festival international de la créativité à Cannes en France et l’or au Good Design Award au Japon, deux distinctions qui n’ont pas manquer d’attirer l’attention du monde entier sur l’artisanat manufacturier japonais.

S’inspirer de LVMH

Lorsqu’il s’attaque au redressement de Yuki Precision, Ôtsubo Masato se confronte directement aux difficultés des petits fabricants. Il admet que alors de nombreux facteurs sont « limitatifs », mais il insiste sur le fait qu’ils ne sont pas insurmontables.

Par exemple, les petites et moyennes entreprises sont limitées dans leur capacité à embaucher des spécialistes en gestion d’entreprise. Cherchant comment les aider à faire face à ces facteurs restrictifs, Ôtsubo Masato a l’idée de créer une société de participation.

Pour ce faire, il s’inspire de la multinationale française LVMH. Il voit en elle une approche permettant aux filiales d’accéder à des infrastructures commerciales établies dans le respect de leurs propres traditions. Par ailleurs, il note que la plupart des consommateurs considèrent les grandes marques comme Bulgari et Céline comme indépendantes, alors qu’en réalité, elles font partie du conglomérat LVMH. « Certes, l’échelle est totalement différente », admet-il, « mais l’approche de LVMH permet de mettre à l’honneur les fabricants en difficulté, dans l’industrie de pointe, les aidant à retrouver une base commerciale solide en leur donnant accès à des ressources de management qui leur font cruellement défaut.

En 2017, Ôtsubo Masato fonde Yuki Holdings, apportant une structure solide, qui permet aux filiales d’accéder à large de ressources variées, telles que la stratégie commerciale, le financement, la planification, les relations publiques, le recrutement, l’informatique ou encore la R&D.

Ce qui tenait par-dessus à cœur à Yuki Holdings, c’était de préserver le savoir-faire des technologies manufacturières avancées de l’Archipel. Pour Ôtsubo Masato, les Japonais excellent dans de nombreux domaines : « Prenons des matériaux fonctionnels, des machines-outils, des moules ou encore le traitement de précision, par exemple. Même si nous ne réalisons pas toujours à quel point ces technologies ont un impact sur notre quotidien, elles sont indispensables dans les secteurs manufacturiers » explique-t-il.

Une seule solution pour sauvegarder le savoir-faire japonais

Au cours de l’exercice fiscal 2022, le conglomérat a enregistré un chiffre d’affaires de plus 9,3 milliards de yens (57,8 millions d’euros). Un tel succès a amené un grand nombre de personnes à considérer l’approche adoptée par l’entreprise comme un modèle permettant aux petits fabricants de ne pas mettre la clé sous la porte et d’assurer la préservation du savoir-faire technologique japonais. Cependant pour Ôtsubo Masato, la solution se trouve à l’échelle internationale.

Ôtsubo Masato, PDG de Yuki Precision (©Ikazaki Shinobu)
Ôtsubo Masato, PDG de Yuki Precision (©Ikazaki Shinobu)

« Le marché japonais se rétrécit à mesure que la population diminue » déclare-t-il. « C’est en se tournant vers l’étranger que les entreprises japonaises pourront préserver leur avance technologique, et ce même si la demande nationale baisse. » Ôtsubo Masato le sait et il le sent : les entreprises japonaises ont tout ce qu’il faut pour réussir sur les marchés étrangers.

« Prenons une chose aussi simple que retirer une étiquette autocollant d’un produit » explique-t-il. « Souvent, celles qui sont fabriquées à l’étranger ne se décollent pas complètement, laissant une marque collante. Un autocollant de fabrication japonaise, au contraire, se détache facilement, sans laisser de marque collante. Ôtsubo Masato explique que cette petite différence est rendue possible par la technologie de précision utilisée pour la fabrication de l’autocollant et pour les lames qui l’ont découpé. Cependant, selon lui, il faut être prudent car une telle expertise pourrait être perdue à jamais si les conditions économiques entre autres facteurs poussent les fabricants à la faillite. Tout en admettant que les autocollants ne sont pas un objet de grande importance en général, il tient à souligner que même les technologies les plus mineures peuvent améliorer les expériences des utilisateurs, pour une satisfaction accrue du consommateur.

Avec son entreprise Yuki Holdings, Ôtsubo Masato a à cœur de préserver de telles technologies uniques, nombreuses au Japon, et de renforcer leur présence au-delà des frontières de l’Archipel.

Informations

Adresse : 370 Enzô, Chigasaki-shi, Kanagawa-ken

PDG : Ôtsubo Masato

Activité : fabrication de pièces de machines de précision pour l’industrie aérospatiale et les équipements médicaux ; production de machines électroniques.

Capital : 35 000 000 yens

Employés : 37 (travailleurs à temps partiel compris)

Site web : https://www.yukiseimitsu.co.jp/en/

(Reportage et texte de Sugihara Yuka, de Power News. Photo de titre : © Ikazaki Shinobu)