L’émergence soudaine d’un double
—— Comment s’est passé le tournage ?
« Ma première scène était celle où Wakamatsu Kôji et Adachi Masao vont au Liban pour filmer un camp palestinien du FLP. Il s’agit juste de prendre en photo Shigenobu Fusako, alors à la tête de l’Armée rouge japonaise, avec en toile de fond le coucher de soleil sur la plaine de Bekaa. C’était pour moi l’occasion de me glisser dans le rôle. Parce que je n’avais rien projeté, ni ma façon de parler ou mon débit, ni ma façon de me mouvoir. C’était une première scène sans répliques, qui me permettrait de me couler dans le personnage. »
« Et alors, le réalisateur, Shiraishi Kazuya, m'a soudain demandé de lancer quelques mots, ce
qui n’était pas dans le scénario : "Dis ce que tu veux ! N'importe quelle phrase..., Adachi, pousse-toi de là, Shigenobu, tourne-toi par ici..., vas-y, quelque chose comme ça !" Je pensais bien que la voix de Wakamatsu Kôji me viendrait par surprise, mais là c’était carrément brusque. À cet instant-là, sa voix a surgi en moi, et le personnage tout entier avec. Et c’était une bonne chose.
Wakamatsu Kôji non plus, pendant un tournage, ne nous laissait pas le temps de nous préparer. Quand on se prépare et qu’on joue dans le calme, ce n’est que ça, du jeu. Il préférait deviner le moment où on était sous tension, le point de non-retour ; alors, il lançait soudain "allez, on y va", et on tournait la scène en une fois. Et voilà que son disciple, Shiraishi Kazuya, procédait de la même façon ; on était bien chez Wakamatsu Production, pas d’erreur. »
—— Dans le film, vous devenez vous-même cinéaste. Quel effet cela fait-il ?
« Sur le plateau, Wakamatsu Kôji faisait exprès de se mettre en colère, d’imposer une atmosphère tendue. Sa tension déteignait sur les acteurs, et cela lui permettait de tirer le meilleur de nous-mêmes. Pendant le tournage, peut-être parce que mon rôle était celui du réalisateur, j’ai réussi à porter un regard très objectif sur le plateau. Je voyais untel, fatigué, qui tombait de sommeil, ou tel autre qui avait préparé son jeu avec soin. Alors, ça me donnait envie de tout ficher en l’air. Dans ce film, je suis Wakamatsu Kôji et cela me donne des droits immenses, je peux faire ce qui me passe par la tête. C’était génial. Je me suis donné à fond, c’était l’occasion ou jamais de vivre Wakamatsu Kôji dans toute son audace et sa hardiesse. »
(Photographies : Hanai Tomoko, sauf mention contraire. Propos recueillis par Matsumoto Takuya de Nippon.com)
Tomerareruka oretachi wo (« Osez nous arrêter ! »)
- Réalisateur : Shiraishi Kazuya
- Distribution : Kadowaki Mugi, Iura Arata, Yamamoto Hiroshi, Mitsushima Shinnosuke, Terajima Shinobu, Okuda Eiji
- Scénario : Inoue Junichi
- Musique : Sokabe Keiichi
- Production : Wakamatsu Production, Skhole, Hicross Cinematography
- Année de production : 2018
- Pays : Japon
- Distributeur du film : Skhole
- Promotion : Uzumasa
- Durée : 119 minutes
- Sur les écrans à partir du samedi 13 octobre 2018 au cinéma Théâtre Shinjuku et dans tout le Japon
- Site officiel : www.tomeore.com
- Facebook : https://www.facebook.com/tomeore/




