Handicap, pauvreté, discrimination, sexe

Le tournage a commencé en février 2016, il y a trois ans. À partir de là, il a tourné quelques jours chaque saison, ce qui lui a permis d’achever le récit d’un an de la vie de ce frère et cette sœur en mars de l’année suivante. Puis est venu le montage, qui a également duré un an.

« Quand j’étais assistant réalisateur, je courais toujours contre la montre. Je n’étais pas d’accord avec ces procédures habituelles chez nous. Cette fois, pour mon premier film, j’ai pris le maximum de temps que je pouvais pour le tournage, j’ai vraiment fait comme je voulais. Si ça ne me plaît pas, on refait une autre prise même après le montage, on arrange la musique dans les moindres détails, on termine chaque détail un par un, en prenant tout le temps qu’il me fallait. J’ai attaché énormément d’importance à la musique. J’avais une mélodie dans la tête pendant le tournage, et ça a été tout un problème pour moi de la communiquer à la compositrice Takai Hiyoko. »

©SHINZO KATAYAMA
©SHINZO KATAYAMA

L’enthousiasme du réalisateur s’est avéré communicatif, car l’équipe technique et les acteurs l’ont suivi dans son exigence de perfection.

« J’ai tout financé sur mes fonds personnels. Car je savais que ce ne serait pas une histoire dont vous pouvez facilement convaincre un producteur de travailler avec vous, et je n’avais pas envie de me laisser donner des conseils par qui que ce soit sous prétexte qu’il sortait son porte-monnaie pour moi. Bien sûr, j’aurais pu utiliser le moyen du crowd funding, mais je n’étais pas totalement convaincu par ce système. J’ai utilisé toutes mes économies, puis quand je n’en avais plus, je retravaillais pour en mettre de côté, etc. J’ai dû dépenser environ trois millions de yens en un an. »

Le film s’est donc réalisé hors de tout compromis, jusqu’à la presque toute fin, où Katayama Shinzô a accepté de revenir sur un point.

« Le film est déconseillé aux moins de 15 ans (R15). Quand on m’a dit qu’il suffisait de supprimer un plan pour passer de R18 à R15, je l’ai coupé. À vrai dire, je suis même surpris de ne pas être interdit au moins de 18 ans. La prochaine fois, j’irai plus loin (rires) ! Mais c’est tout de même bien que le film puisse être vu par des lycéens. Je suis curieux de savoir comment la nouvelle génération va réagir. Il me semble que de moins en moins de jeunes ont envie de faire des films. Qu’ils voient ce film, qu’ils découvrent que le cinéma, ce n’est pas seulement des histoires d’amour et des adaptations de mangas, qu’ils sachent qu’il existe aussi des films réalistes, des films sociaux. Mon plus grand bonheur serait que des jeunes se disent : moi aussi, je veux faire des films comme ça. »

Si Misaki no kyôdai traite de personnages qui souffrent de discrimination et de pauvreté, il ne faut pas le confondre avec un film militant. La violence et le sexe y sont peints crûment, c’est un film qui traite des désirs humains au-delà du bien et du mal.

« Ce n’est pas pour rien que j’aime l’expression de la violence et du sexe au cinéma. C’est l’influence des films que j’ai vus quand j’étais gosse. Tout naturellement, je me suis fait à ces modes d’expression. En décrivant des gens victimes de discriminations, ou des gens qui vivent dans les bas-fonds de la société, je n’essaie pas de faire passer un message de colère contre la société japonaise actuelle, ni un sermon sur ce que la société devrait faire. Mon intention est plutôt de montrer la force vitale d’un frère et sa sœur. Si les jeunes d’aujourd’hui trouvent leur vie pénible, j’espère que le film leur fera comprendre qu’il existe des moyens de remonter la pente. »

©SHINZO KATAYAMA
©SHINZO KATAYAMA

Le film a obtenu le Prix du public et le Prix du meilleur film dans la compétition nationale du Festival D-Cinéma de SKIP City, parrainé par la préfecture de Saitama et la ville de Kawaguchi. Compte tenu de son statut de film auto-produit, il est exceptionnel que la décision d’une distribution nationale soit prise aussi rapidement. Il a en outre été projeté au Festival international du film de Göteborg en Suède, et attire de plus en plus d’attention aussi bien au Japon qu’à l’extérieur.

« Maintenant, je pense essentiellement à mon prochain film, la direction dans laquelle je compte aller. Je ne serais pas contre l’idée d’aller vers une œuvre plus axée vers le grand public, mais j’ai toujours envie de traiter de thèmes touchant ceux à qui la société ne donne pas la parole, ceux qui vivent dans l’oppression, les minorités. Pendant le tournage de Misako no kyôdai m’est venue l’envie d’exprimer la force avec laquelle ces gens choisissent de vivre avec leurs propres moyens, et j’ai senti la forme que pourrait prendre l’expression de cette idée. Ce que je voudrais faire, c’est un film qui montre une vision d’espoir au cœur d’une situation perdue. »

(Photos : Hanai Tomoko, sauf mention contraire. Propos recueillis par Matsumoto Takuya de Nippon.com)

Le film

©SHINZO KATAYAMA
©SHINZO KATAYAMA
  • Acteurs et actrices : Matsuura Yûya, Wada Misa, Kitayama Masayasu, Nakamura Yûtaro, Iwatani Kenji, Tokito Ayumi, avec la participation de Kazamatsuri Yuki, entre autres 
  • Réalisateur / Producteur / Monteur / Scénariste : Katayama Shinzô
  • Prise de vue : Ikeda Naoya, Haruki Kosuke
  • Musique : Takai Hiyoko
  • Distribution : Presidio
  • Coopération en matière de distribution : Aeon Entertainment / Digital SKIP Station
  • Publicité : Uzumasa
  • Année de production : 2018
  • Durée : 89 minutes
  • Festival international de films de cinéma SKIP City 2018 , catégorie compétition nationale : Prix du meilleur film et Prix du public
    Festival international du film de Göteborg 2019 : nommé pour le Prix Ingmar Bergman

Bande-annonce