Une nouvelle perspective sur la bombe atomique

L’histoire ne se contente pas de dépeindre les horreurs causées par l’explosion atomique, mais dépeint aussi de manière saisissante la condition humaine dans une situation extrême. Évitant le piège du « mythe Florence Nightingale » de l’infirmière édifiante, le film donne un aperçu du talent créatif de Matsumoto, habitué à la peinture des drames humains complexes.

M.J.  J’adore Dostoïevski. Un personnage se lance dans un monologue, puis un autre personnage répond par son propre monologue. Cette polyphonie crée un espace-temps extraordinaire.

Le film dépeint les émotions en équilibre instable des professionnels de santé qui s'occupent des victimes dans des conditions extrêmes.
Le film dépeint les émotions en équilibre instable des professionnels de santé qui s’occupent des victimes dans des conditions extrêmes.

M.J.  Ce que je voulais faire, c’était révéler ce que les personnages ressentent. Dans un film, il est bien sûr important de suivre le déroulement de l’histoire et de faire en sorte que certaines scènes fassent avancer le récit, mais je tiens à mettre l’accent sur les moments où les personnages dévoilent leurs sentiments. Je pense que ce qui ressort alors dépasse la seule valeur éthique des personnages. Particulièrement dans une situation extrême comme celle-ci, chacun a forcément ses propres sentiments.

Dans le drame qu’ils vivent, les survivants de l’explosion atomique n’expriment pas seulement leur haine envers les États-Unis pour avoir utilisé une arme inhumaine. Ils nourrissent également du ressentiment envers l’État japonais qui a provoqué cette situation. Le film montre aussi fidèlement, à partir de témoignages de l’époque, que les victimes de la bombe ne sont pas uniquement des Japonais, et la discrimination dont ont été victimes les Coréens dans les centres de secours.

Ainsi, la technique narrative de Matsumoto ouvre une perspective singulière qui transcende l’éthique commune. C’est précisément parce qu’il présente les événements avec détachement que chaque spectateur peut se faire sa propre opinion. C’est pourquoi, même si le réalisateur souhaite exprimer son opposition à la guerre, il s’abstient de transmettre son message de manière trop directe.

M.J.  En réalité, au stade du scénario, les répliques qui exprimaient l’aversion pour la guerre étaient plus nombreuses. Mais nous les avons réduites ou reformulées au montage. J’ai pensé que les mots qui reflétaient trop mes propres opinions allaient devenir encombrants. J’ai plutôt réfléchi aux mots que prononceraient les personnages. Dans la mesure où on parle des victimes de la bombe, leur opposition à la guerre et à la bombe atomique ressort naturellement et de manière très forte. J’ai donc préféré limiter autant que possible les répliques et de laisser les autres éléments parler à leur place.

Avant ce film, Matsumoto a travaillé sur deux œuvres très différentes : Sakurairo no Kaze ga Saku (« Un vent couleur fleurs de cerisier », 2022), qui retrace la vie du professeur d’université sourd aveugle Fukushima Satoshi et de sa mère, et Shajiku (2023), qui dépeint une relation triangulaire entre un homosexuel, une étudiante et un gigolo dans le quartier de Kabuki-chô, à Shinjuku.

M.J.  Je ne suis pas quelqu’un qui prend tout au sérieux, je ne crois pas qu’il soit dans ma nature de ne filmer que des histoires édifiantes. Il fut un temps où je me posais des questions sur comment exprimer ma personnalité en tant qu’auteur, mais aujourd’hui, je ne me préoccupe plus de ça et je me consacre simplement à fond aux projets que j’accepte. Certes, je cherche toujours à trouver un lien avec moi-même dans mes films. Cette fois encore, je me suis demandé ce que je pouvais faire en tant que personne originaire de Nagasaki et dont le grand-père a été victime de la bombe atomique. Il est nécessaire d’approfondir nos connaissances sur ce qui s’est passé après la tragédie. Il faut cela pour réfléchir à l’avenir du monde et à la paix.

Le film

  • Réalisation : Matsumoto Junpei
  • Casting : Kikuchi Hinako, Ono Karin, Kawatoko Asuka, Misaki Ayame, Hagiwara Masato, Minami Kaho
  • Année de production : 2025
  • Site officiel : nagasaki-senkou-movie.jp/

(Photo de titre : Nagasaki – Dans l’ombre de l’éclair, Kikuchi Hinako [à droite], Ono Karin [à gauche] et Kawatoko Asuka, incarnent des élèves-infirmières dévouées au secours des victimes de l’explosion atomique. Toutes les images du film © 2025 Comité de production Nagasaki – Dans l’ombre de l’éclair)