« Du handisport ? Moi ? »
— Vous avez fréquenté le lycée Mitsukaidô-daini, dans la préfecture d’Ibaraki, un établissement très réputé dans le milieu du hand-ball.
T.S. C’était un lycée public, que j’ai intégré par la voie classique, et non la voie sportive. J’ai rejoint le club de hand-ball pleine d’espoir, mais le niveau était très élevé. Et puis, c’était un établissement très conservateur, où les élèves de première année devaient laver les uniformes des plus grands, s’occuper de tout un tas de choses. Mais à ce moment-là, ils n’avaient pas de gaucher dans leur équipe : du coup, j’ai pu participer aux matchs dès le début. C’était une équipe très forte, qui avait remporté tous les championnats l’année précédente, mais j’y avais quand même ma place. Bien entendu, mon niveau était parfois insuffisant, mais malgré tout, je servais tout de même à quelque chose.
— À l’université, vous intégrez d’abord le club de hand-ball, avant de vous tourner vers l’athlétisme. Qu’est-ce qui vous a menée à devenir une athlète handisport ?
T.S. C’est au début de ma 3e année de fac que je me suis tournée vers l’athlétisme. Au mois d’août de la 2e année, pendant le stage intensif d’été, l’entraîneur de l’équipe m’a demandé ce que je comptais faire après quatre années de hand-ball. Je lui ai répondu que je voulais enseigner, cela faisait longtemps que j’étais décidée. Et alors, il m’a soudain dit : « Et si tu essayais de décrocher une médaille dans une autre discipline ? Tu peux faire du hand pendant quatre ans, et après, essayer autre chose. » J’ai tout de suite compris qu’il parlait des Jeux paralympiques, et ça a été un choc.
— Pourquoi ?
T.S. Parce que j’étais titulaire dans l’équipe de hand-ball, et aussi parce que j’avais presque toujours vécu comme tout le monde ; je ne comprenais pas pourquoi je devrais tout d’un coup choisir de moi-même un cadre réservé aux handicapés. À l’époque, pour moi, le handisport, c’était pour les gens différents, pour ceux qui avaient des difficultés. Alors, je me demandais si ça m’était destiné. J’arrivais à tout faire, je faisais même pas mal de choses mieux que les autres.
— Il vous manquait un avant-bras mais, pour autant, vous ne vous considériez pas comme faisant partie de la catégorie des personnes handicapées ?
T.S. Exactement. J’avais un handicap, mais je n’étais pas une « handicapée ». Donc, j’avais l’impression qu’on me disait « tu es handicapée, alors va faire du sport pour handicapés ». J’ai déprimé, je me disais qu’en fin de compte, c’était comme ça que les professeurs me voyaient, même si je me débrouillais du mieux possible.
— Quels changements vous ont décidée à vous tourner vers l’athlétisme ?
T.S. Je me posais vraiment des questions et j’étais démoralisée ; alors, j’ai contacté une professeure de collège à qui je devais beaucoup, Madame Kobayashi. Elle m’a poussée à me mettre à l’athlétisme. Pour elle, j’étais la seule capable d’y arriver. Après, j’ai contacté un ancien professeur du lycée et il était du même avis. Et puis pour lui, on n’était jamais confronté à des épreuves insurmontables. Comme je faisais absolument confiance à ces deux professeurs qui me connaissaient bien, je me suis calmée en me disant qu’ils n’avaient peut-être pas tort.
— Ils vous ont donc soutenue.
T.S. Oui. Et puis, j’avais aussi un objectif clair, je rêvais de devenir professeur de sport. Alors, je me suis dit que les élèves préféreraient certainement un prof qui avait pratiqué plusieurs sports, qui connaissait plus de choses. C’est cela qui m’a décidé à essayer.

