Travailler ou rester à la maison, un dilemme injuste

L’économie japonaise a progressé à grands pas pendant des décennies. Mais la situation s’est inversée dans les années 1990, quand l’éclatement de la bulle spéculative a généré un cycle de récession et de déflation, et que le pays est entré dans une phase de croissance économique lente.

Les couples ont dû s’adapter aux nouvelles pressions économiques et, dès 1997, le nombre de ménages dans lesquels les deux partenaires travaillaient a dépassé celui des ménages où la femme restait à la maison. Minashita Kiriu relève que cette tendance s’est poursuivie – l’excédent des foyers où les deux conjoints travaillent par rapport à ceux où la femme reste à la maison à plein temps atteint aujourd’hui le chiffre de 5,4 millions – et elle considère que ce phénomène s’explique en partie par le déclin général des salaires masculins depuis que la croissance économique japonaise est en perte de vitesse. « La baisse du pouvoir d’achat a frappé particulièrement durement les jeunes hommes, et la situation globale s’est exacerbée quand le secteur des services a éclipsé le secteur manufacturier. L’appétence des activités tertiaires pour la main-d’œuvre féminine, ajoutée au fait que les femmes se voient de plus en plus souvent demander de contribuer au budget familial, a alimenté un afflux rapide de femmes au sein de la population active. Il se trouve toutefois que l’embauche des femmes a tendance à se faire sur une base temporaire et à des salaires inférieurs. Si bien que les hommes restent les principaux soutiens de famille, tandis qu’on continue d’attendre de la majorité des femmes qu’elles se chargent des mêmes tâches domestiques qu’à l’époque où elles restaient à la maison, et ce malgré l’augmentation de la part féminine de la population active. »

Un autre changement qu’on peut observer est la baisse du nombre de couples qui choisissent de partager leur domicile avec la génération précédente, si bien qu’il n’y a plus de parents ou de beaux-parents pour les aider à s’occuper des enfants ou des tâches ménagères.

De nos jours, explque Minashita Kiriu, on demande aux femmes mariées japonaises non seulement de se charger des tâches domestiques et de s’occuper des enfants, mais encore de prendre soin des parents âgés. « La difficulté à gérer toutes ces obligations est telle que, plutôt que de poursuivre une carrière, un nombre croissant de jeunes femmes préfèrent le statut d’épouse à la maison. »

Elle cite des statistiques récentes qui montrent que le pourcentage des femmes souhaitant être épouses à plein temps est plus élevé dans la tranche des 20 à 30 ans que dans les tranches 30-40, 40-50 et 50-60, et qu’il est égal au taux enregistré chez les sexagénaires, un phénomène qu’elle considère comme une « renaissance du modèle de l’épouse Shôwa ».