L’avenir du mariage
Ceci étant, la question se pose de savoir en quoi ces pressions vont affecter l’avenir du mariage au Japon. Minashita Kiriu estime que la récente affaire dans laquelle des administrateurs de l’Université de médecine de Tokyo ont truqué les résultats d’un examen d’entrée de façon à limiter le nombre de candidates admises montre que le Japon est toujours en proie à une discrimination généralisée, fondée sur des données statistiques dépassées.
« Pour justifier son comportement, l’Université de médecine de Tokyo a déclaré que les femmes médecins avaient tendance à quitter la profession pour avoir des enfants, et qu’il était donc préférable pour elle de recruter des étudiants plutôt que des étudiantes. En retournant cet argument, on peut dire que cette affaire témoigne de la rigidité de la conception des rôles selon les genres et de la persistance d’un environnement où la dureté des conditions de vie sur les lieux de travail et la domination des hommes restent la règle. »
Plutôt que de punir les femmes, dit-elle, le Japon ferait mieux de se soucier des conséquences socialement désastreuses de l’idée profondément enracinée qui veut que le mari soit le soutien de famille et que l’épouse s’occupe de la maison. « Non seulement le maintien d’une division des tâches aussi étroitement liée au genre ne fait aucun cas du caractère et des aptitudes des individus, mais elle entrave gravement leur cheminement dans la vie. »
Pour Minashita Kiriu, cette attitude empêche la société de remédier aux problèmes, anciens et nouveaux, auxquels elle est confrontée, et le Japon, s’il veut surmonter ces défis, doit créer une société dans laquelle chacun, quelque soit son sexe ou son statut matrimonial, soit en mesure de tirer le meilleur parti de ses aptitudes et de son potentiel. « Je pense que nous devons sortir de nos schémas rigides en ce qui concerne la famille et le travail, et faire en sorte que les gens puissent jouir pleinement de leur vie dans tous les domaines, y compris le mariage. »
Ces dernières années, le Japon a été le théâtre de diverses initiatives en vue de redéfinir le mariage, notamment en 2015 avec la reconnaissance au niveau municipal des couples homosexuels. Bien qu’elles ne soient pas juridiquement contraignantes, ces initiatives témoignent de la progression du soutien à la protection des droits et du statut social des couples LGBT. Plus récemment, diverses personnes, dont le dirigeant d’une société de mise au point de logiciels basée à Tokyo, ont remis en question le code civil qui impose au mari et à la femme de porter le même nom. Les demandes de ce groupe ont trouvé un écho dans une action en justice intentée par le réalisateur de cinéma Sôda Kazuhiro et son épouse, qui voulaient obtenir confirmation de leur statut matrimonial en dépit du fait qu’ils utilisent des noms de famille différents.
Le Japon doit prendre acte des conséquences de son attachement à des attitudes passéistes en ce qui concerne les genres et le travail – on peut mentionner à titre d’exemples le faible taux de natalité du pays et le déclin de sa population – et s’efforcer de construire une société plus égalitaire et inclusive.
(Reportage et texte : Okajima Kaori, édité par Power News. Photo de titre : Aono Yoshihisa, président de Cybozu, lors d’une conférence de presse donnée à Tokyo le 9 janvier 2018, suite à une action en justice pour obtenir que les partenaires d’un couple marié soient autorisés à utiliser des noms de familles différents. Jiji Press)