Depuis sa première participation aux Jeux Olympiques à l’âge de 19 ans, Uchimura Kôhei a obtenu un total de 7 médailles durant trois Olympiades et il a profité pleinement depuis de son surnom de « Roi de la gymnastique ». Pour les Jeux de Tokyo, sa quatrième Olympiade, il avait pris la grande décision de se concentrer uniquement sur la barre fixe. Le 24 juillet 2021, l’inattendu s’est produit : une chute malencontreuse pendant les éliminatoires a mis soudainement fin à ses espoirs. Nous allons retracer ici ses cinq dernières années, d’un parcours semé d’embûches à sa renaissance en tant qu’athlète.
LE spécialiste de la barre fixe
Trois fois médaillé d’or aux Jeux Olympiques, Uchimura Kôhei, surnommé « le roi de la gymnastique », s’est mis à l’épreuve pour la quatrième fois lors des JO de Tokyo. La situation était néanmoins bien différente des trois Olympiades précédentes puisqu’il ne comptait participer ni à toutes les six disciplines, ni comme membre du concours général par équipe. C’est en tant que spécialiste de la barre fixe qu’il s’est présenté cette fois-ci.
« Ma démonstration à la barre fixe va durer moins d’une minute. Je voudrais pouvoir tout concentrer dans cette minute et la présenter comme une performance. » a déclaré Uchimura d’un ton calme, mais où perçait son esprit combatif.
Les performances de Uchimura Kôhei aux Jeux Olympiques ont toujours été éblouissantes. En 2008, durant les Jeux de Pékin auxquels il participe pour la première fois à l’âge de 19 ans, il remporte deux médailles d’argent au concours général par équipe et au concours général individuel. À partir de là, il accapare la médaille d’or au concours général individuel aux JO de Londres en 2012, puis ravit deux médailles à Rio de Janeiro en 2016, au concours général par équipe et au concours général individuel. Avec sept médailles olympiques (trois médailles d’or et quatre d’argent), c’est actuellement l’athlète japonais le plus médaillé encore actif.
Cette quatrième participation aux Jeux Olympiques a également permis au « Roi Kôhei » d’égaler un record, en étant le deuxième gymnaste japonais à participer quatre fois consécutives aux Olympiades, 54 ans après Ono Takashi, capitaine de l’équipe du Japon aux Jeux de Tokyo en 1964.
Ono Takashi avait 33 ans lorsqu’il a participé aux précédents Jeux de Tokyo. Uchimura en a 32. Tous deux figures emblématiques du monde du sport dans leur époque respective, les deux champions ont aussi pour point commun d’être spécialistes de la barre fixe.
« Participer quatre fois aux Jeux Olympiques, c’est vraiment dur, je ne trouve pas d’autre mot. Je pense moi-même que j’ai bien travaillé. Je suis peut-être acharné mais je pense que c’est un domaine où on ne peut pas arriver si on n’aime pas la gymnastique du fond du coeur. »
Uchimura nous raconte comment les membres de l’équipe des Jeux de Tokyo de 1964 se sont réunis dans la capitale nippone pour venir encourager les gymnastes durant leur stage d’entraînement au Japon en vue des Jeux de Rio en 2016 et nous a fait part de son émotion d’avoir eu ainsi l’occasion de s’entretenir avec Ono.
Après les deux médailles de Rio, un chemin semé d’embûches
À voir les résultats obtenus durant les Jeux précédents, on aurait tendance à être ébloui par les performances, mais après les deux médailles au concours général en équipe et en individuel, les embûches s’accumulent pour Uchimura.
À la fin 2016, avec son palmarès, Uchimura devient le premier gymnaste professionnel du monde. Tout semble se passer pour le mieux jusqu’à son nouveau départ en vue des Jeux de Tokyo. L’année suivante, il se blesse la cheville gauche à la réception au saut de cheval lors des Mondiaux 2017 et il est forcé d’abandonner la compétition. Le nombre de ses victoires consécutives au concours général des Championnats du monde s’arrête donc à six.
En 2018, durant le stage d’entraînement au Japon avant les Mondiaux, c’est la cheville droite qu’il se blesse, toujours au saut. S’il participe malgré tout aux Championnats avec la cheville bandée, il ne peut pas concourir au sol et au saut, où les chevilles doivent pouvoir résister aux chocs. Le voici donc obligé d’abandonner le concours général individuel. Il se concentre alors sur certaines disciplines précises, dont la barre fixe.
Mais l’année la plus douloureuse a été 2019. Il échoue au concours général individuel des Championnats du Japon en raison de douleurs aux épaules et ne représente son pays pour la première fois depuis les Jeux de Pékin en 2008. Les plus grandes douleurs se situaient aux épaules mais son état physique général était au plus bas : « J’avais mal partout, de la nuque jusqu’aux pieds. »
« Comme j’avais obtenu deux médailles aux Jeux de Rio, j’ai pensé que je pouvais continuer, mais ce n’était pas si simple en réalité. Il y avait la barrière de l’âge et aussi la pression parce que j’avais déjà été médaillé, je pense. »


