La crainte des esprits vengeurs
Mais pourquoi Yoritomo était-il si désireux de recréer le paradis occidental sur terre, dans ce temple ? Cela semble avoir été dû en partie à ses craintes concernant ses deux principaux rivaux politiques des années qui ont suivi l’instauration de son gouvernement shogunal à Kamakura. Le premier était son propre frère cadet, Yoshitsune, qui avait éveillé les soupçons de son aîné alors qu’il travaillait à éliminer les derniers résistants du clan rival Taira suite à leur défaite en 1185 à Dan-no-ura. Le second était le chef du clan des Fujiwara du nord, qui avait non seulement protégé Yoshitsune dans sa fuite face à son frère mais posait également une menace potentielle en tant que principal rival au nord-est, dans l’arrière-pays au-delà de Kamakura. Yoritomo a donc dû éliminer ces deux rivaux potentiels.
« Il ne fait aucun doute que Yoritomo était préoccupé par les esprits vengeurs de Yoshitsune et du clan Fujiwara du nord. La direction du ushi-tora, ou bœuf-tigre, vers le nord-est (également connue sous le nom de « Porte du Démon ») était considérée comme l’endroit depuis lequel les esprits maléfiques entraient et sortaient. En construisant le Yôfuku-ji au nord-est du palais du shôgun, Yoritomo espérait garder leurs fantômes loin de lui-même et de son entourage », déclare Fukuda. Et le style d’architecture de la Terre Pure était destiné à apaiser les esprits de Yoshitsune et de Yasuhira, le dernier seigneur du clan des Fujiwara du nord : « Regardez autour de vous ! Vous êtes dans un véritable paradis sur terre, d’une beauté et d’une sérénité sans équivalent. Restez ici et ne venez surtout pas me déranger dans mon palais ! ».

Les images de synthèse redonnent vie au temple perdu
Le temple original aurait été presque entièrement construit en bois, et puisqu’il a été détruit dans l’incendie, il est difficile d’imaginer à quoi le site ressemblait au temps de sa splendeur. Récemment, une équipe dirigée par Nagasawa Kaya et Inoue Michiya de l’Institut technologique de Shônan a réussi à redonner vie au temple avec des vues en 3D.
Pour créer des images capables de ramener le temple à la vie virtuelle, l’équipe a dû se fier aux quelques indices qui subsistaient encore. On sait par exemple que les bâtiments de l’époque n’avaient pas de gouttières sur leurs toits. Au lieu de cela, la pluie s’écoulait au niveau du sol sous l’avant-toit. La position de cette gouttière pouvait encore être discernée dans les fondations, ce qui a donné à l’équipe quelques indices essentiels quant à la taille et à l’étendue des toits d’origine. D’autre part, certains éclats de bois trouvés dans le lac auraient fait partie du pont, et leur courbure a donc été utilisée pour recréer l’image de cette structure voûtée enjambant le lac devant les trois salles du temple.
Le professeur Nagasawa ne cache pas sa surprise devant ce que ces restitutions 3D révèlent : « Sans une technologie extrêmement précise, il est impossible de construire un bâtiment comme celui-ci », dit-il. C’est en effet une véritable prouesse architecturale pour l’époque. Les galeries autour du pavillon principal s’étendent en ligne droite sur 130 mètres, tandis que l’axe du pont qui enjambait autrefois le lac depuis le centre du temple est parfaitement aligné avec le pavillon principal du Nikai-dô.
Accès au temple Yôfuku-ji
Yôfukuji-ato (parc historique) : Depuis la gare de Kamakura, prendre le bus Daitô-no-Miya jusqu’au terminus. Le site se trouve à 5 minutes de marche au nord-est, et l’entrée est gratuite.
(Reportage et texte de Mochida Jôji, de Nippon.com. Photo de titre : les ruines du Yôfuku-ji telles qu’elles peuvent être admirées depuis la colline au sud du site. Les fondations surélevées des trois pavillons principaux sont clairement visibles : depuis l’avant, on distingue l’Amida-dô, le Nikai-dô et le Yakushi-dô. Ces trois structures faisaient autrefois face à un lac ornemental. Avec l’aimable autorisation du musée de l’histoire et de la culture de Kamakura. Toutes les photos sont de Nippon.com, sauf mentions contraires)






