Découverte d’ancres mongoles

L’île de Takashima, dans la préfecture de Nagasaki, abrite le Centre archéologique de la ville de Matsuura, qui surplombe la baie d’Imari.

Uchino Tadashi, directeur de la division du patrimoine culturel du Comité éducatif de Matsuura, me fait visiter les lieux. « En plus de planches de navires mongols, nous avons découvert des éléments d’ancrage au fond de la mer », explique-t-il en désignant un cylindre de pierre d’un mètre de long. Les ancres mongoles étaient en bois, en forme de V, et lestées de deux pierres.

La plus lourde dépasse les 170 kilos. Uchino précise que le bois est généralement détruit par les tarets, ne laissant que la pierre. Trente-six d’entre elles ont été recensées à ce jour.

Ancre en pierre et bois repêchée en 2022. Elle est rare car dotée d’un seul lest en pierre. (© Comité éducatif de Matsuura)
Ancre en pierre et bois repêchée en 2022. Elle est rare car dotée d’un seul lest en pierre. (© Comité éducatif de Matsuura)
Pierres d’ancrage exposées au Centre archéologique de Matsuura. (© Nippon.com)
Pierres d’ancrage exposées au Centre archéologique de Matsuura. (© Nippon.com)

En 1994, des travaux portuaires sur l’île ont mis au jour quatre ancres en bois en forme de V, encore alignées. Elles pointaient toutes vers le sud, mais aucun navire n’était visible. Ikeda suppose qu’elles ont été arrachées de leurs navires par la violence d’un typhon, après avoir été entraînées du sud vers le nord.

Les navires ainsi désemparés semblent avoir été poussés dans cette direction. En témoignent les deux premières épaves, toutes deux retrouvées au nord de la baie d’Imari. On estime que la flotte de l’armée méridionale comptait 3 500 navires. « En étant entassés et ballottés les uns contre les autres vers le nord, ils ont dû subir des dommages considérables », explique Ikeda.

L’île forme une barrière naturelle à l’entrée de la baie, contribuant à la maintenir calme. Pourtant, les habitants affirment que lorsque les typhons passent au large de Tsushima, des vents furieux soufflent du sud au nord, soulevant les eaux. Ce sont très probablement ces conditions que la flotte mongole a dû affronter à son arrivée sur Takashima.

Typhons dans la baie d’Imari

Tombes et monuments

Les découvertes archéologiques confirment l’idée que de puissants vents ont fait sombrer les navires. Les sources historiques indiquent que la majorité des soldats de l’armée méridionale ont péri noyés. Cependant, certains ont réussi à gagner la côte, à Takashima ou Mikuriya.

« Les textes disent que les commandants ont embarqué sur les rares navires encore utilisables pour rentrer au pays », note Ikeda. « Les soldats laissés sur place ont atteint la terre ferme, mais désarmés pour la plupart, ils ont été balayés par les troupes du shogunat chargées du nettoyage. »

Une copie du Môko shûrai ekotoba (« Récit illustré des invasions mongoles »), montrant les troupes du shogunat anéantissant les restes de l’armée Yuan. (© Bibliothèque de l’Université de Kyûshû)
Une copie du Môko shûrai ekotoba (« Récit illustré des invasions mongoles »), montrant les troupes du shogunat anéantissant les restes de l’armée Yuan. (© Bibliothèque de l’Université de Kyûshû)

Kiyama Tomoaki, du Centre archéologique de Matsuura, explique que les troupes du shogunat avaient établi leur quartier général au nord de Takashima. « Aôura, à l’ouest, aurait été le théâtre des combats les plus féroces. »

L’ermitage Ryûmen’an servait de quartier général aux forces du shogunat. (© Nippon.com)
L’ermitage Ryûmen’an servait de quartier général aux forces du shogunat. (© Nippon.com)

Malgré leur victoire, les Japonais ont eux aussi subi de lourdes pertes. Soldats comme insulaires y ont laissé leur vie, et l’île est parsemée de tombes et de stèles commémoratives.

Tombe de Hyôe Jirô, messager venu de Tsushima afin d’avertir le shogunat de l’attaque mongole. Il trouva la mort à Takashima. (© Nippon.com)
Tombe de Hyôe Jirô, messager venu de Tsushima afin d’avertir le shogunat de l’attaque mongole. Il trouva la mort à Takashima. (© Nippon.com)

Destruction ou repli ?

L’armée de la route orientale a connu un sort moins tragique. Elle est d’abord parvenue à pénétrer dans la baie de Hakata, puis a attendu en vain l’arrivée de l’armée méridionale. Les défenses côtières empêchant tout débarquement, elle a donc établi sa base sur l’île de Shikanoshima, à l’entrée de la baie. Les attaques nocturnes et autres tactiques des troupes du shogunat ont peu à peu affaibli les forces mongoles. Les pertes matérielles et les maladies ont finalement contraint l’armée à se retirer vers l’île d’Iki pour se ravitailler.

La version la plus répandue veut que les deux armées s’y soient alors réunies, avant d’être prises dans les typhons à Imari. Toutefois, d’après Ikeda, des archives de Goryeo rapportent que 80 % de l’armée orientale aurait regagné la péninsule coréenne. « Certains sont partis en reconnaissance vers Imari, mais il se peut que beaucoup aient simplement repris la route du nord pour rentrer à Goryeo. » La rareté des artefacts coréens à Imari appuie cette hypothèse. En apprenant la destruction de la flotte méridionale, les mongols auraient abandonné toute ambition militaire.

Conséquences de l’invasion mongole au Japon

L’Empire mongol, qui avait conquis une grande partie de l’Eurasie en moins d’un siècle grâce à sa cavalerie, n’avait en revanche aucune expérience navale. Il lui a donc fallu se reposer sur Goryeo et les Song du Sud pour construire une flotte et fournir des soldats. Ces derniers, soumis à une puissance occupante, manquaient peut-être de motivation. Invincible sur terre, l’Empire mongol s’est heurté en mer à une force imparable : le typhon. En quelque sorte, cet événement a constitué sa première défaite écrasante. Après deux tentatives infructueuses, les Mongols ont renoncé à conquérir le Japon.

(Lire également notre article : Sauvé par le « kamikaze » ? Le Japon face aux invasions mongoles)

(Reportage et texte de Mochida Jôji, de Nippon.com. Photo de titre : vue aérienne du deuxième navire mongol englouti. © Université des Ryûkyû et Comité éducatif de Matsuura. Photographie et édition : Machimura Tsuyoshi)