Et dans le reste du monde ?

Le Japon a jusqu’à présent été le leader dans ce domaine, mais le professeur Etô nous dit que la recherche progresse maintenant à une vitesse stupéfiante en Europe, en Amérique et en Chine.

« Les Européens et les Américains étaient les leaders en médecine régénérative basée sur les CSE, mais lorsqu’ils ont vu les progrès permis par l’accès aux iPS, ils ont très vite réorienté leurs recherches. C’est particulièrement vrai aux États-Unis, où des entreprises de capital-risque qui commercialisent aujourd’hui des iPS destinées à la recherche et en conformité avec les critères Good Manufacturing Practices (bonnes pratiques de fabrication des médicaments) connaissent un essor rapide. La société américaine Fate Therapeutics a par exemple développé une thérapie cellulaire immunitaire dérivée des iPS, et effectue actuellement des essais cliniques. Aux États-Unis, les investisseurs privés sont très actifs dans le capital-risque, et il n’est pas rare qu’une seule entreprise de capital-risque fasse une levée de fond de plusieurs dizaines de millions de dollars. La Chine qui effectue des investissements publics massifs dans la recherche, a annoncé en 2023 des succès en régénération myocardiaque en utilisant des cellules iPS. Là aussi, les progrès sont de plus en plus rapides. Si rien ne change, le Japon va perdre son avance. »

Au Japon, on a tendance à dépendre du budget de l’État, qui avait prévu pour l’exercice 2024 un montant total d’environ 20 milliards de yens (125 millions d’euros) pour les projets de thérapie génique, thérapie cellulaire et régénérative, y compris les iPS. Le Japon est aussi en retard sur l’Europe et l’Amérique en matière de mobilité des chercheurs, et moins flexible dans les liens entre le monde de la recherche et le monde de l’industrie. Pour que le Japon conserve son avance, il faut une réforme radicale qui comprenne l’utilisation de capitaux privés, le renforcement de la recherche en collaboration avec d’autres pays, ou encore une révision de sa stratégie des brevets.

Les soutiens et les dons joueront un rôle décisif

Etô estime que pour que le Japon y arrive, il faudrait davantage que d’excellents chercheurs et des financements pour la recherche.

Il poursuit : « La recherche ne fait le lien avec la réalité que lorsqu’elle travaille solidairement avec toutes sortes de professionnels : des spécialistes de la propriété intellectuelle qui définissent une stratégie de brevets, des communicants qui font connaître les résultats produits, des responsables de l’entretien des équipements de pointe, des spécialistes de la collecte de fonds. Mais il est malaisé dans le cadre du système universitaire japonais de recruter officiellement tous ces personnels, et cela nous contraint à dépendre des dons. »

C’est ce qui explique que le professeur Yamanaka participe à des marathons pour collecter des dons.

Le professeur Yamanaka Shinya a participé depuis 2012 à de nombreux grands marathons pour encourager le public à contribuer au fonds pour la recherche en iPS. (Photo prise au marathon d'Osaka en 2018, Kyodo Images)
Le professeur Yamanaka Shinya a participé depuis 2012 à de nombreux grands marathons pour encourager le public à contribuer au fonds pour la recherche en iPS. (Photo prise au marathon d’Osaka en 2018, Kyodo Images)

M. Etō ajoute : « Le Japon est arrivé là où il en est par l’aide du gouvernement, mais pour créer une industrie médicale basée sur les développements scientifiques liés aux iPS, et arriver à un niveau où nous exporterons dans le monde entier, le soutien actif et la compréhension de la nation sont indispensables. Nous voulons créer l’avenir avec elle en remplissant la responsabilité qui est la nôtre d’expliquer dans la transparence les résultats que nous, les chercheurs, obtenons. »

La recherche sur ces iPS a un énorme potentiel : contribuer à la santé de l’humanité grâce à la médecine régénérative et à de nouveaux médicaments. Mais pour que le Japon conserve son avance, il faut non seulement qu’elle soit financée, mais aussi soutenue par la société tout entière. L’intérêt que chacun d’entre nous lui portera et ce que nous ferons concrètement pour l’aider joueront un rôle essentiel pour que nous passions à l’étape suivante.

(Reportage et texte de Team Pascal, édité par Power News. Photo de titre : le professeur Etô Kôji dans son bureau du CiRA. Avec l’aimable autorisation du CiRA)