La controverse sur les hydrates de méthane

Ishii Yoshinori, professeur émérite de l’Université de Tokyo et ex-directeur de l’Institut national des études sur l’environnement a toujours été opposé aux programmes de développement du gaz d’hydrates de méthane. Quand le Japon s’est lancé sérieusement dans des recherches sur l’exploitation de cette source d’énergie, au début des années 1990, il présidait un comité de recherches très important, ce qui a donné d’autant plus de poids aux critiques qu’il a formulées par la suite. Il y a vingt ans, on pensait qu’il y avait des gisements de gaz libre produit par l’énergie géothermique sous les couches d’hydrates de méthane et que ce gaz pouvait être facilement extrait du sol. Mais Ishii Yoshinori est arrivé à la conclusion que l’existence de ce gaz est improbable, que le coût de l’exploitation des hydrates de méthane est prohibitif et qu’ils ne constituent pas vraiment une ressource énergétique fiable.

Jusqu’à une date récente, un grand nombre de chercheurs considéraient eux aussi que l’extraction du gaz d’hydrates de méthane n’était pas rentable du point de vue économique. Mais les progrès techniques plus rapides que prévu auxquels on a assisté depuis et l’extraction de gaz de gisements considérés jusque-là comme inexploitables en raison des frais prohibitifs que cela impliquait — entre autres de gaz de schiste, de pétrole de schiste, de sables bitumeux ou en offshore profond — ont mis les hydrates de méthane dans une position nettement plus favorable. Par ailleurs la flambée des prix du pétrole brut, qui ont été multipliés par seize entre 1999 et 2008, a rendu caduque la conception traditionnelle du rapport coût-efficacité si bien que les hydrates de méthane sont à présent considérés comme une ressource énergétique potentielle, même si les coûts de production sont encore relativement élevés.

Il n’en reste pas moins que certains obstacles importants devront être surmontés avant que le gaz d’hydrates de méthane puisse être commercialisable. Les tentatives récentes d’extraction de méthane de gisements d’hydrates sous-marins ont été interrompues par un afflux de sédiments plus important que prévu dans les puits de forage. Qui plus est, la dissociation du méthane et de l’eau n’a été effective que dans un rayon de vingt mètres autour des puits de forage. Et à supposer que ces problèmes techniques soient résolus, la commercialisation du gaz d’hydrates de méthane ne sera envisageable que si son prix est compétitif par rapport à ceux du gaz de schiste ou des autres types de gaz présents sur le marché.

Une nouvelle série de tentatives d’extraction de gaz d’hydrates de méthane en eau profonde devrait prendre fin en 2015. Elle sera suivie d’une dernière phase d’évaluation qui durera de 2016 à 2018. Le Plan cadre sur la politique maritime, dont il a été question au début de cet article, prévoit la mise au point des techniques nécessaires pour la commercialisation de ce type de gaz d’ici l’année fiscale 2018 (avril 2018-mars 2019), puis une évaluation de la situation internationale et des progrès techniques accomplis dans ce domaine qui devrait déboucher sur une exploitation commerciale privée du gaz d’hydrates de méthane entre 2023 et 2027.

Malheureusement, les objectifs de ce plan cadre ont été si mal interprétés par les medias qu’on a pu croire que cette nouvelle source d’énergie serait disponible dès 2018, soit d’ici cinq ans. Les medias avaient sans doute l’intention méritoire d’attirer l’attention du public sur le gaz d’hydrates de méthane mais ils n’en ont pas moins sous estimé les problèmes que son exploitation pose encore.