Des biens culturels témoins de l’identité d’une communauté
Le Musée municipal de Rikuzen-Takata a ouvert ses portes en 1959. C’était le premier musée public de la région du Tôhoku. Dans ses collections, il y avait un grand nombre d’objets d’une grande valeur scientifique, notamment du matériel de pêche retrouvé dans les amas préhistoriques de coquilles (kaizuka) de la période Jômon (entre 15 000 av. J.-C. et 300 av. J.-C.). Certains exemplaires provenant de Rikuzen-Takata sont d’ailleurs exposés au Metropolitan Museum of Art de New York.
Quand nous avons entrepris de sauver les biens culturels de Rikuzen-Takata, trois semaines après le tsunami, des habitants de la ville ont manifesté leur mécontentement en disant que mieux valait essayer de retrouver les personnes disparues que ce genre de choses. Certains sont même allés jusqu’à suggérer de les jeter. Mais d’autres ont réagi différemment. Plusieurs sont même venus nous rendre visite sur le site où nous étions en train de travailler. L’un d’entre eux a dit, « Ma maison a été emportée. J’ai tout perdu. Je suis venu ici en espérant voir des choses de Takata qui soient encore là. »
Les survivants ont fouillé sans relâche les débris laissés par le tsunami à l’emplacement de leur maison, dans l’espoir de retrouver des traces de leur existence. Des preuves matérielles de leur identité et de leur propre histoire. Les biens culturels et les autres objets des collections des musées jouent un rôle similaire pour Rikuzen-Takata, en tant que témoins de l’identité d’une communauté. Avec le temps, une nouvelle ville va voir le jour. Mais ce processus risque d’aller de pair avec la disparition de beaucoup de choses précieuses. Si nous vivons dans une belle ville où rien n’est fait pour rappeler son environnement naturel, son histoire et sa culture, Rikuzen-Takata aura perdu son âme.
Les habitants de Rikuzen-Takata veulent une ville dont « ils puissent être fiers face au monde ». Cette fierté leur vient de leur identité. 99,9 % des objets des collections du Musée municipal de Rikuzen-Takata proviennent de donations de citoyens. Chacun de ces objets est l’incarnation des sentiments de son donateur. Nous devons absolument conserver avec le plus grand soin ces témoignages sur la façon dont les gens ont vécu dans leur milieu naturel ainsi que sur leur histoire et leur culture. Et nous devons veiller à ce qu’ils soient préservés dans les siècles à venir. S’ils nous sont parvenus, c’est parce que nos prédécesseurs ont réussi à les garder en dépit des nombreux tsunamis dont ils ont été victimes. Il est donc hors de question de les perdre à présent.

Le chemin ardu de la reconstruction
À la fin du mois de juin 2011, je suis allé vivre avec ma famille dans un des logements temporaires installés sur le terrain de sports du collège de Yonesaki. Nous y avons vécu pendant un peu plus de trois ans. Pour que tout le monde reste en forme, mon fils Ryûnosuke conviait chaque matin les résidents des autres logements à le rejoindre pour une séance de gymnastique rythmique avec Radio 1 de la NHK. Il a fait cela durant tout notre séjour sur place, sans manquer un seul jour(*1). En juillet 2014, nous avons quitté cette habitation de fortune pour aller vivre dans notre nouvelle maison, qui venait d’être achevée. Comme elle se trouve à l’intérieur des terres, nous ne voyons plus la mer de nos fenêtres. Et je dois avouer que cela me manque un peu.
Mais beaucoup de gens habitent encore dans des logements temporaires sans savoir ni où ni quand ils seront relogés. Il y a encore beaucoup de problèmes à résoudre à Rikuzen-Takata. L’emplacement où se trouvaient les musées et diverses autres installations est à présent interdit d’accès car il doit être surélevé. La ville envisage de reconstruire le Musée municipal de Rikuzen-Takata d’ici 2018, mais elle risque d’avoir du mal à réaliser cet objectif.
L’avenir qui nous attend n’est pas facile, mais il y a quelque chose que nous ne devons absolument pas oublier dans un moment comme celui-ci. C’est qu’il ne saurait y avoir de reconstruction vraiment réussie sans un sauvetage des biens culturels sur lesquels repose notre identité.
(D’après un article en japonais du 2 mars 2015. Photo de titre : le Musée de la mer et des coquillages de Rikuzen-Takata après le tsunami du 11 mars 2011. Photos de l’article, avec l’aimable autorisation du Musée municipal de Rikuzen-Takata.)(*1) ^ Radio 1 de NHK – la chaîne de radio-télévision nationale japonaise – diffuse tous les matins, à 6 heures 30, un programme de gymnastique rythmique (rajio taisô) de dix minutes qui a beaucoup de succès auprès des habitants de l’Archipel. Les établissements scolaires l’utilisent aussi comme exercices d’échauffement.