Le début du sauvetage des biens culturels
Le Musée municipal de Rikuzen-Takata a perdu l’ensemble de ses employés, soit six personnes. Je me suis dit qu’il fallait que je prenne l’initiative du sauvetage des biens culturels. J’ai donc demandé à des gens qui avaient déjà travaillé dans des musées de m’aider et le 1er avril 2011, nous avons commencé à nous occuper des objets endommagés par le tsunami dans les installations culturelles de la ville. Les bâtiments étaient remplis de boue et de gravats, ce qui rendait notre tâche extrêmement difficile. Nous étions par ailleurs interrompus fréquemment par les répliques incessantes du séisme. Nous avons dû d’abord évacuer les débris. Ensuite, nous avons entrepris d’extraire les objets d’une couche de sédiments de plus d’un mètre d’épaisseur. Mais pour procéder à cette opération, il fallait une expertise technique particulière. C’est pourquoi j’ai demandé entre autres au Conseil pédagogique de la préfecture et au Musée préfectoral d’Iwate de nous prêter main forte. Notre équipe s’est ainsi peu à peu renforcée. Vers la fin du mois d’avril, les Forces d’autodéfense ont commencé à nous aider, ce qui a permis d’accélérer le déblaiement des débris.
Les objets récupérés devaient être immédiatement transférés dans un lieu sûr. Mais à l’époque, nous n’avions en tout et pour tout qu’un monospace. Les routes étaient en si mauvais état qu’il fallait deux heures pour faire un aller et retour – soit 17 km – entre le musée et le nouvel endroit où les objets étaient entreposés, une ancienne école primaire située sur les hauteurs. Les opérations de transfert ont pris fin le 17 juin, deux mois et demi après le début de notre tentative de sauvetage du patrimoine culturel de Rikuzen-Takata. Mais un certain nombre d’objets de grande taille ont dû encore attendre avant d’être déplacés, en particulier une baleine à bec naturalisée de 9,7 mètres de long.
Avant le séisme et le tsunami, le Musée municipal de Rikuzen-Takata abritait 230 000 objets et le Musée de la mer et des coquillages, 110 000. En ajoutant ceux qui se trouvaient à la bibliothèque municipale et dans la réserve des biens culturels provenant de fouilles, la ville abritait un patrimoine culturel constitué de 560 000 objets. Parmi eux figurait la collection de matériel de pêche préhistorique de Rikuzen-Takata qui fait partie des biens culturels matériels enregistrés du Japon. La plupart des pièces dont celle-ci se composait avaient été données par des habitants de la ville et elles constituaient un témoignage concret important sur son histoire et sa culture. Nous avons réussi à récupérer quelque 460 000 objets fabriqués avec des matériaux très divers. Mais pour les traiter, nous avions besoin des conseils de spécialistes.
Des traitements mis au point par tâtonnements
Les objets récupérés devaient faire l’objet d’un traitement spécial de façon à éviter qu’ils ne moisissent et se détériorent davantage. Ce processus de stabilisation comprenait cinq phases : nettoyage, désinfection, dessalage, séchage et mise en observation. C’est la première fois qu’une quantité aussi importante de biens culturels étaient endommagés par une catastrophe, au Japon et dans le reste du monde. Nous ne disposions d’aucun exemple dans biens des domaines. Nous avons donc consulté les spécialistes du Comité pour le sauvetage des biens culturels que venait de créer l’Agence nationale pour les affaires culturelles.
Le traitement des biens culturels endommagés s’est fait sous la direction d’experts en restauration du Musée national de Tokyo et du Musée préfectoral d’Iwate. Pour stabiliser les matériaux, il fallait s’attaquer aux causes de leur détérioration. Celle-ci pouvait être d’origine biologique (moisissures), chimique (sel) ou physique (fissures et déformations provoquées par le séchage rapide d’objets imprégnés d’eau de mer, ou bien dégâts provoqués par le tsunami). Au début, les membres de notre équipe ont dû travailler dans un espace très réduit, envahi par les objets récupérés, et il leur a fallu aussi lutter contre la prolifération des moisissures favorisée par l’humidité ambiante.

Il y avait un type de dégâts pour lequel nous ne disposions pas de protocole de traitement bien défini, ce sont ceux provoqués par l’eau de mer. Les spécialistes des différentes institutions qui nous conseillaient ont proposé plusieurs méthodes et nous avons appliqué celles qui semblaient les plus sûres. Mais nous ne savions pas comment traiter une très grande quantité d’objets, entre autres les lettres écrites avec une encre soluble dans l’eau, les produits en cuir risquant de se racornir, les peintures à l’huile et les aquarelles.
