L'écart entre les prévisions et les objectifs
Le peu de sens des responsabilités du gouvernement transparaît dans le document « Perspectives à long terme de l’offre et de la demande en énergie », approuvé par le ministère de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie (METI) en juillet 2015. Ce texte prévoit qu’en 2030 la part de l’énergie nucléaire dans la production d’électricité atteindra entre 20 et 22 %, contre 22 à 24 % pour les énergies renouvelables, 27 % pour le gaz naturel liquéfié, 26 % pour le charbon et 3 % pour le pétrole.

Ces prévisions s’appuient sur le « Programme énergétique stratégique » adopté par le gouvernement en 2014. Mais dans la mesure où ce document stipule explicitement que « le Japon va réduire sa dépendance à l’énergie nucléaire », les prévisions ne semblent guère aller dans le même sens.
Les modifications apportées en 2012 à la « Loi sur la réglementation des matières nucléaires brutes, des combustibles nucléaires et des réacteurs » exigent la mise hors service de toutes les centrales nucléaires au bout de 40 ans d’activité, avec une extension de 20 ans tolérée dans les cas exceptionnels et sous certaines conditions. Le durée maximale de fonctionnement d’une centrale est donc de 60 ans. Or en décembre 2030, seuls 20 des 48 réacteurs en activité au Japon en janvier 2015 resteront en deçà du seuil des 40 ans. Si les modifications sont strictement appliquées, 30 réacteurs devront être fermés d’ici là. Deux réacteurs sont actuellement en construction – l’unité n° 3 de la centrale nucléaire de Shimane et la centrale nucléaire d’Ôma, exploitées respectivement par la compagnie d’électricité de Chûgoku et l’entreprise Electric Power Development –, mais même si ces deux projets aboutissent, il n’y aura que 20 réacteurs en service à la fin de l’année 2030. En supposant qu’ils fonctionnent à 20 % de leur capacité (le niveau moyen approximatif avant l’accident de Fukushima), ils ne seront en mesure de satisfaire que 15 % d’une demande estimée à près de 1 000 milliards de kWh en 2030.
Si la règle des 40 ans est rigoureusement appliquée, l’énergie nucléaire ne satisfera que 15 % des besoins énergétiques de la nation en 2030. Il manquera donc 5 à 7 % pour que la production atteigne le chiffre de 20 à 22 % défini par les perspectives du METI, un trou qui devra être comblé soit par la construction de nouveaux réacteurs soit par la prolongation des réacteurs existants au-delà de la limite des 40 ans. Étant donné que le gouvernement a annoncé qu’il n’a pour le moment aucun projet de construction de nouveau réacteur, on est en droit de conclure qu’il a l’intention de se procurer les 5 à 7 % qui manquent en optant pour la seconde solution.
Parmi les 30 réacteurs destinés à être mis hors service en 2030, figurent le réacteur n° 1 de Mihama, exploitée par la compagnie d’électricité du Kansai, et quatre autres dont l’arrêt a déjà été décidé cette année, ainsi que les quatre réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima Daini que les autorités préfectorales de Fukushima ont la ferme intention de fermer. Pour combler le vide de 5 à 7 %, un nombre important (environ 15) des 21 qui restent devront bénéficier d’un prolongement de leur durée de vie.
Vu le grand nombre de réacteurs exigeant une extension, les 40 années de durée de vie des réacteurs cesseront de constituer la norme pour devenir une exception. Une telle distorsion tant de la Loi sur la réglementation des réacteurs que des perspectives officielles selon lesquelles l’énergie nucléaire devrait satisfaire 20 à 22 % de la demande énergétique de la nation ne sont guère en phase avec le vœu de « réduire » la dépendance du pays vis-à-vis de l’énergie nucléaire formulé par le gouvernement Abe.