Le mouvement anti-uniforme en perte de vitesse
En dépit de ses multiples avantages, l’uniforme a été autrefois la cible d’une très forte opposition. Il y a 30 ou 40 ans, le mouvement anti-uniforme était à son apogée, quand l’uniforme obligatoire pour les élèves était considéré comme le symbole de l’oppression perpétrée par les établissements scolaires. De nos jours, en revanche, ce mouvement est tombé en désuétude – on se demande même s’il existe encore. Au contraire, de nombreuses écoles recrutent plus de candidats, et d’un meilleur niveau, grâce à des uniformes qui tiennent compte de la mode et des aspirations des jeunes. Ils contribuent à l’amélioration de leur image de marque.
Jadis, l’uniforme était considéré comme le symbole du système et les élèves le trouvaient souvent désagréable à porter. L’une des raisons du retour en grâce de l’uniforme tient à de nouvelles matières et des coupes plus variées. Grâce aux progrès réalisés en matière de fibres synthétiques, l’uniforme d’aujourd’hui est plus léger, les tissus respirent et ne nécessitent plus de repassage. Du point de vue du design, le choix de gilets, chandails et chemisiers offre aux étudiants une marge de manœuvre pour personnaliser leur style.
Nous sommes donc loin du temps où les uniformes scolaires étaient tous strictement identiques, avaient l’air lourds à porter – et l’étaient réellement – et demandaient un entretien compliqué. Aujourd’hui, ils permettent aux élèves d’être à la mode, et d’avoir un look propre à la jeunesse. Grâce à ces améliorations dans le design et les matières, l’uniforme scolaire est passé du statut de symbole du système à celui de vêtement que les élèves eux-mêmes rêvent de porter.
Un début de renouveau dans les uniformes de travail
Cela ne veut pas dire pour autant que l’uniforme est incontournable au Japon. De nombreuses entreprises ont par exemple cessé de l’imposer à leurs employées après l’entrée en vigueur de la loi sur l’égalité des opportunités d’emploi en 1986. Ils étaient devenus le symbole de la discrimination sexuelle. Leur suppression rejoignait également les objectifs de diminution des coûts dans le monde de l’entreprise. Cette tendance ne risque pas de disparaître.
En effet, en plus de financer les uniformes, les employeurs doivent aussi aménager un espace pour changer de vêtements. Et il y a peu d’avantage à imposer l’uniforme dans des bureaux où les employées n’accueillent pas la clientèle. Les entreprises ont aussi diminué les coûts en supprimant les agents d’accueil et l’usage selon lequel les employées devaient préparer le thé pour leurs collègues et les visiteurs. Se débarrasser de l’uniforme de l’OL (pour « Office Lady ») va de pair avec ces pratiques de réduction des coûts.
Néanmoins, c’est un son de cloche très différent qui se fait entendre dans les espaces de travail qui reçoivent directement les clients. En 2016, pour la première fois, la Bank of Tokyo-Mitsubishi UFJ a imposé l’uniforme à ses 16 000 employés, hommes et femmes, en contact direct avec la clientèle. D’autres établissements, comme la Kagawa Bank et la Chûkyô Bank, ont réintroduit l’uniforme. Cette tendance joue des avantages listés ci-dessus. L’adoption de l’uniforme par ces banques peut également être considérée comme un élément du service à la clientèle.
D’autres employeurs pourraient leur emboîter le pas et décider à leur tour de réintroduire l’uniforme au travail, mais dans ce cas, la décision découlera d’une analyse de l’équilibre entre coûts et bénéfices. Les entreprises sont devenues très pointilleuses sur les coûts, et puisque l’uniforme représente une dépense supplémentaire, elles ne l’adopteront que si les avantages générés justifient ce budget.

