Professeur de japonais, un statut précaire

Aujourd’hui, 70 % des écoles de langue japonaise sont des entreprises privées.

« Dans les années 1980, les écoles qui ouvraient n’avaient qu’une petite salle de classe, puis elles s’élargissaient progressivement. Elles n’avaient pas les moyens de faire d’emblée une demande de création d’un gakkô hôjin (établissement scolaire dotée de la personnalité juridique), qui nécessite d’avoir au préalable un terrain et un bâtiment », explique Mme Yamamoto. À titre d’exemple, KAI est aussi une entreprise privée. Afin de créer un gakkô hôjin, outre le terrain et le bâtiment, les demandeurs doivent obtenir une permission de l’administration locale, une procédure ardue. À côté de cela, la création d’une simple entreprise privée est bien plus simple. De plus, les écoles de japonais doivent investir en temps et en argent pour trouver des élèves en dehors du Japon et les assister une fois entrés dans l’établissement.

La délivrance de visas étudiants influe grandement sur les écoles et leurs revenus. « Les politiques en matière de contrôles d’immigration sont plus ou moins sévères dans le temps ; cela a un impact sur le nombre d’étudiants dans les classes. Par conséquent, nous n’avons pas d’autre choix que d’embaucher les enseignants à temps partiel. » Il est impossible d’établir des plans d’emploi à long terme car la politique d’immigration du Japon varie en fonction du gouvernement en place et de ses plans. En outre, contrairement aux gakkô hôjin, les sociétés privées ne bénéficient pas d’incitations fiscales.

Un enseignant nouvellement embauché est la plupart du temps rémunéré à temps partiel en fonction du nombre d’heures de travail. Maintenant qu’il y a une pénurie d’enseignants, Mme Yamamoto explique que les salaires horaires sont légèrement en hausse : « À Tokyo, les écoles proposent récemment aux alentours de 2 000 yens de l’heure (environ 16 euros) dans leurs offres d’emploi. Si elles ne mettent pas en avant des salaires du même niveau que ceux des écoles fraîchement ouvertes, elles ne trouveront pas d’enseignants. »

Les conditions de délivrance de visas étudiants établies par le ministère de la Justice constituent également un obstacle à l’emploi des enseignants. Les écoles qui sont reconnues par l’État pour accueillir les étudiants étrangers doivent se soumettre à la règle des 25 heures hebdomadaires maximum de cours pour les enseignants. En convertissant cela en salaire horaire, ils ne peuvent gagner que 200 000 yens (environ 1 600 euros) par mois. De plus, il est également prévu qu’un enseignant ne peut avoir que 20 étudiants maximum par classe, ce qui rend la gestion des écoles très compliquée. Si les écoles augmentent les frais de scolarité, elles ne trouveront plus de nouveaux élèves. Les enseignants se retrouvent ainsi dans un cercle vicieux où leurs conditions d’embauche ne s’améliorent pas.